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Ara bleu et jaune © Arielle Beraud

Des perroquets qui rougissent : les expressions faciales démontrées pour la 1ère fois chez les oiseaux

La question des émotions positives chez les oiseaux est peu abordée jusqu’à présent, les travaux menés portant essentiellement sur les comportements liés au stress. Afin de rechercher des indicateurs comportementaux sur la face, les scientifiques de l’Inra et les équipes du ZooParc de Beauval se sont intéressés au Ara bleu et jaune (Ara ararauna), qui a notamment la particularité d’avoir une partie des joues dépourvue de plumes. Dans le contexte expérimental mis en place, ils ont pu décrire pour la première fois des expressions faciales s’exprimant dans des contextes à valence positive : les perroquets rougissent et dressent également les plumes sur leur tête. Ces premiers résultats (1) ouvrent la voie pour étudier en quoi ces expressions faciales constituent des signaux visuels pouvant communiquer l’état affectif des individus au sein des groupes sociaux.

Mis à jour le 05/09/2018
Publié le 22/08/2018

Les observations comportementales ont été menées avec des perroquets du ZooParc de Beauval, entrainés quotidiennement par des soigneurs pour le spectacle en vol libre, et donc en contact étroit et dans une relation de confiance avec l’Homme. Les scientifiques ont, dans un premier temps, établi un répertoire de paramètres observables sur la face des oiseaux. Ils ont identifié 3 zones où les plumes peuvent se dresser de manière indépendante : la calotte (dessus de la tête), la nuque et les joues. De plus, ils ont observé des variations de la couleur de la peau des joues qui peut passer du blanc au rouge en quelques secondes. Par la suite, les scientifiques ont utilisé la relation homme-animal pour observer ces paramètres dans un contexte à valence émotionnelle contrastée. L’expérience consistait à observer les oiseaux lors de sessions composées de deux phases: le soigneur place l’oiseau sur un perchoir et se tient face à lui ; il interagit en le regardant et en lui parlant (valence positive pour l’oiseau). Durant la phase de contrôle, le soigneur reste à la même distance de l’oiseau mais n’interagit plus, lui tournant le dos (valence moins positive).

Chaque session a été répétée 10 fois pour chacun des cinq oiseaux. L’ensemble des expériences a été filmé, et des photographies prises en gros plan du profil de chaque oiseau pendant et en fin de session. L’intégralité des images animées et fixes a ensuite été décryptée. Des observateurs naïfs ont regardé les photographies pour noter la zone autour des yeux en fonction de la couleur, blanc ou rouge. Pour les films, un arrêt sur image toutes les cinq secondes a permis de noter la position des plumes sur la calotte, la nuque et les joues en fonction du répertoire établi, lisse ou dressée.

Les résultats montrent que le dressement des plumes sur la calotte est plus fréquent lors de la phase d’interaction mutuelle entre le perroquet et son soigneur. De même, le rougissement des joues de l’animal – décrit pour la 1ère fois – est plus fréquemment observé pendant cette même phase d’interaction.

   

   

Illustration photographique du répertoire utilisé pour noter la posture des plumes sur la calotte, la nuque et les joues des Aras. © Arielle Beraud
Illustration photographique du répertoire utilisé pour noter la posture des plumes sur la calotte, la nuque et les joues des Aras. © Arielle Beraud

    

    

Illustration photographique du rougissement observé sur la peau des joues des Aras. A : zone cible observée par les observateurs naïfs. B : exemple d’une photographie où tous les observateurs ont jugé le rougissement comme étant présent. C :  exemple d’une photographie où aucun des observateurs n’a jugé le rougissement comme étant présent © Arielle Beraud
Illustration photographique du rougissement observé sur la peau des joues des Aras. A : zone cible observée par les observateurs naïfs. B : exemple d’une photographie où tous les observateurs ont jugé le rougissement comme étant présent. C : exemple d’une photographie où aucun des observateurs n’a jugé le rougissement comme étant présent © Arielle Beraud

   

Les scientifiques ont également observé les oiseaux en groupe, dans leur milieu de vie. Ils ont observé un dressement des plumes de la tête plus fréquent lorsque les oiseaux sont engagés dans des activités à valence positive et à faible niveau d’excitation comme le repos, les contacts sociaux positifs ou la manipulation d’enrichissement.

Ces résultats inédits chez les oiseaux livrent des premiers indicateurs du niveau d’excitation et/ou de la valence émotionnelle, des composantes clés de l’état affectif chez les animaux.

Des observations complémentaires seraient nécessaires pour comprendre la diversité des émotions encodée par ces expressions faciales et leur implication dans le fonctionnement des groupes sociaux. Jusqu’alors considéré comme propre à l’espèce humaine, le rougissement des joues observé chez les aras pourrait également contribuer à une meilleure compréhension de l’origine évolutive et de la fonction de cette information visuelle.

(1) Référence : Bertin A, Beraud A, Lansade L, Blache M-C, Diot A, Mulot B et al. (2018) Facial display and blushing: Means of visual communication in blue-and-yellow macaws (Ara Ararauna)? PLoS ONE 13(8): e0201762. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0201762

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Aline BERTIN (02 47 42 79 74) Unité mixte de recherche « Physiologie de la Reproduction et des Comportements » (Inra – CNRS – Université François Rabelais de Tours – IFCE)
Contact(s) presse :
Inra service de presse (01 42 75 91 86), ZooParc de Beauval, service de presse
Département(s) associé(s) :
Physiologie animale et systèmes d’élevage
Centre(s) associé(s) :
Val de Loire

Des résultats inédits chez la caille japonaise

Ces résultats obtenus de ces perroquets ont conduit les scientifiques de l’Inra à mener des observations chez la caille Japonaise (Coturnix japonica), un animal modèle pour l’étude des émotions chez les oiseaux. Afin de créer un contraste de valence émotionnelle, les scientifiques ont placé individuellement des cailles plus ou moins peureuses dans un environnement non familier avec du grillage au sol (valence négative). Puis, pour obtenir une valence positive, les scientifiques ont ouvert une paroi coulissante afin de donner accès aux animaux à un sol recouvert de copeaux. Ce substrat de choix permet l’expression de bains de poussière, une activité considérée comme plaisante pour l’oiseau. L’ensemble de l’expérience a été filmé et une image a été extraite toutes les 5 secondes pour chaque caille. Avec un logiciel d’analyse d’images, les scientifiques ont mesuré trois paramètres sur les images : la hauteur des plumes de la calotte, l’angle formé par les plumes de la gorge et la surface de la pupille. L’hypothèse des scientifiques était que s’il existait des indicateurs faciaux d’émotions positives, de plus amples variations dans ces paramètres devraient être observées chez les cailles les moins peureuses (i.e. plus à même d’évaluer positivement leur environnement) que chez les cailles les plus peureuses (i.e. plus à même d’évaluer négativement leur environnement). Les scientifiques ont ainsi pu montrer un dressement des plumes de la calotte et une dilatation de la pupille chez les cailles les moins peureuses pendant la phase avec accès aux copeaux. Ces variations ne sont pas retrouvées chez les cailles les plus peureuses démontrant ainsi que l’expérience subjective des animaux peut se traduire par des mouvements de plumes de la calotte et de la pupille. Ces résultats inédits montrent des indicateurs faciaux d’émotions positives jusqu’alors ignorés.

Le dressement des plumes de la calotte, observé à la fois dans l’ordre des Psittaciformes et des Galliformes, suggère que ce comportement pourrait être particulièrement pertinent comme indicateur de la valence et/ou du niveau d’excitation émotionnelle chez un grand nombre d’espèces d’oiseaux, notamment pour les espèces pour lesquelles l’absence d’une crête laissait peu présager de tels potentiels de communication visuelle au niveau de la face.

La méthodologie développée et les indicateurs comportementaux mis en avant dans ces travaux pourront servir de base pour l’étude de la gamme des émotions que les oiseaux peuvent ressentir en fonction des conditions de vie (ou d’hébergement).

Référence : Bertin A et al., Behavioural Processes (2018), https://doi.org/10.1016/j.beproc.2018.06.015