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 © Jean-Marie Denoix

Dureté des pistes d’entraînement : un facteur majeur de risque de lésions chez les chevaux trotteurs

Un sol équestre, c’est avant tout un gage de santé du cheval, notamment du cheval de course. Des chercheurs de l’Inra et de l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort mettent en évidence que la fermeté de la piste est un facteur de risque majeur de lésions de l’appareil locomoteur chez des chevaux trotteurs français. Ces résultats, susceptibles d’éclairer d’un jour nouveau les conditions d’entrainement des chevaux de course, sont publiés dans la revue American Journal of Veterinary Research.

Publié le 15/11/2017
Mots-clés : CHEVAL - SPORT

Chez les chevaux de course ou de sport, la fréquence et la nature des lésions des membres sont influencées par la qualité des sols utilisés.

Dans la perspective de comprendre les facteurs biomécaniques d’apparition des lésions liées à l’entrainement des chevaux de course, afin de réduire l’incidence de ces lésions et d’améliorer la gestion des chevaux atteints, des chercheurs de l’Inra et de l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort ont exploré plus avant cette assertion. Ils se sont intéressés à l’effet de la fermeté d’une piste d’entraînement sur le développement de lésions de l’appareil locomoteur, de façon prospective, au cours de l’entrainement de jeunes trotteurs français. Ils révèlent que la fermeté de la piste constitue un facteur de risque majeur de lésions de l’appareil locomoteur dans cette discipline (trot attelé).

Piste d’entrainement, une surface dure augmente l’incidence et sévérité des lésions des membres

Les scientifiques ont mis en évidence que l’entrainement peut s’accompagner de l’apparition de lésions au niveau des membres des chevaux. Ils ont identifié pas moins de 86 lésions, classées de 1 à 4, un peu plus de la moitié d’entre elles (46) se révélant cliniquement pertinentes (grade ≥2) dont 18 modérées à sévères (grades 3 et 4).

Ils ont également montré que la qualité de la piste affecte l’incidence et la sévérité des lésions. Chez les chevaux entrainés sur piste dure, ils ont diagnostiqué 49 lésions dont 15 lésions modérées à sévères. Seules 37 lésions ont été identifiées chez les chevaux évoluant sur piste souple, dont 3 lésions modérées à sévères.

Bien que les membres antérieurs aient été plus souvent affectés que les membres postérieurs, la différence sur le nombre total de lésions n’était pas significative. En revanche, la majorité (soit 7 sur 13) des lésions cliniques (grade ≥2) des chevaux entraînés sur piste souple concernait les membres postérieurs, résultat que les chercheurs relient à la force de propulsion nécessaire pour tirer le sulky, accrue sur une surface souple.

Membres gauches et droits ont été différemment affectés. Les lésions les plus sévères ont été observées sur les membres gauches, c’est-à-dire situés à l’intérieur du virage, ce qui conduit les chercheurs à recommander d’alterner le sens de l’entraînement sur la piste, dans le sens des aiguilles d’une montre mais aussi dans le sens inverse.

Tendinites et lésions osseuses

Les scientifiques de l’Inra et de l’Ecole vétérinaire d’Alfort ont mis en évidence la prépondérance de tendinites et d’altérations de l’os spongieux (sur le condyle de l’os canon du cheval, c’est-à-dire le métacarpien/métatarsien principal) parmi les lésions observées.

La moitié des chevaux entrainés sur piste dure ont développé des tendinites modérées à sévères du tendon fléchisseur superficiel du doigt, une cause non négligeable de mise à la retraite anticipée chez les chevaux de course. A l’inverse, aucun des chevaux entrainés sur piste souple n’a développé de telles lésions. Les atteintes du condyle du métatarse, une cause fréquente de boiterie chez le trotteur, étaient également plus fréquentes chez les chevaux entraînés sur piste dure que sur piste souple.

Sur neuf lésions de l’os spongieux diagnostiquées sur les pieds, huit l’ont été sur les pieds antérieurs de chevaux entrainés sur la piste dure. Discrètes à légères, ces lésions de type œdème osseux étaient sans conséquence sur la poursuite de l’entrainement mais donnent à penser que des altérations répétées de l’os liées à un entraînement sur une piste dure pourraient conduire à des lésions plus sévères, de type fractures.

 

Cette étude constitue avant tout une première : première technique puisqu’elle mobilise simultanément des moyens complémentaires d’imagerie médicale pour une étude prospective ; première scientifique puisque l’ensemble de ces travaux démontre l’impact de la fermeté d’une piste d’entrainement sur le développement et la sévérité de lésions des membres chez des jeunes chevaux destinés à la course. A plus ou moins long terme, ces lésions peuvent se révéler préjudiciables pour le bien être de l’animal et sa carrière sportive. Autant d’éléments qui invitent à reconsidérer les conditions d’entrainement des chevaux de course.

Des chevaux et des pistes

Ce sont 12 chevaux, âgés de trois ans, en parfaite santé et de race trotteur français, qui ont fait l’objet de toutes les attentions des chercheurs de l’Inra et de l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort. Ils ont été répartis, par paires, dans deux lots (même format et même sexe des deux chevaux d’une même paire). Pendant quatre mois, le premier lot a été entraîné, corde à gauche, trois fois par semaine sur piste dure, le second lot a été soumis au même programme (mêmes distances, mêmes vitesses) sur piste souple.

L’ensemble de l’effectif a fait l’objet de trois sessions d’examens cliniques et par imagerie médicale  - radiographie, échographie, scintigraphie et IRM - des membres : avant le début de la période d’entraînement, après deux mois et après quatre mois d’entraînement.

La piste souple était constituée d’une couche superficielle, dite « couche de travail », de 8 cm d’épaisseur, composée de sable (granulométrie inférieure à 4 mm) et d’une couche de fondation, destinée à assurer la portance et le drainage de la couche de travail, de même composition et dûment compactée. L’ensemble était placé sur un terrain naturel ou « fond de forme », de nature argilo-limoneuse. La piste dure était constituée d’une couche de travail de 8 cm en stabilisé très compact (granulométrie inférieure à 5 mm mais contenant une proportion élevée de particules fines) et d’une couche de fondation en sable tout venant, reposant sur un fond de forme en mâchefer.

Seule la surface de la piste souple a été régulièrement arrosée durant l’étude.

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Santé animale
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Jouy-en-Josas

Référence

Effect of track surface firmness on the development of musculoskeletal injuries in French Trotters during four months of harness race training.

Nathalie Crevier-Denoix, Fabrice Audigié, Anne-Laure Emond, Anne-Gaelle Dupays, Philippe Pourcelot, Loic Desquilbet, Henry Chateau and Jean-Marie Denoix.

American Journal of Veterinary Research, 2017, 78: 1293-1304.