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Jeune vacher conduisant son troupeau au pâturage dans la région du Manaslu au Népal.. © Inra, MEURET Michel

Environnement et croissance économique, que deviennent les forêts du Népal ?

Le Népal, un pays où se côtoient collines et montagnes et dont le quart de la surface est recouvert de forêt - une source essentielle d’énergie pour les ménages des zones rurales. Des chercheurs de l’Inra et leurs collègues ont montré que la collecte de bois de chauffe n’a pas augmenté entre 2003 et 2010 à l’inverse du niveau de vie et des besoins énergétiques de ces ménages. Ce paradoxe s’explique par une réduction des activités agricoles laquelle diminue la pression exercée sur les forêts. Ces résultats, publiés dans la revue Journal of the Association of Environmental and Resource Economists, soulignent qu’en matière d’environnement, il convient d’analyser la nature de la croissance économique plus que son niveau.

Mis à jour le 11/04/2018
Publié le 06/04/2018

Le Népal, un pays pauvre même si le taux de la population vivant sous le seuil de la pauvreté a diminué de moitié entre 2004 et 2011, une population essentiellement rurale et quelques 25 % de sa superficie recouverte de forêts. De la production de bois à la réduction de l’érosion des sols dans les bassins des grands fleuves (p. ex. Gange, Brahmapoutre), en passant par de nombreux autres services écosystémiques, les forêts népalaises sont l’objet de nombreux enjeux notamment dans un contexte de changements globaux.

Des chercheurs de l’Inra et leurs collègues se sont intéressés à une des menaces qui pèse sur ces écosystèmes, la collecte de bois de chauffe – source principale d’énergie pour la majorité des foyers népalais et une des causes majeures de la dégradation des forêts et de la déforestation dans de nombreux pays en développement. Combinant notamment images satellites et données des ménages, ils ont analysé la relation entre couvert forestier et croissance économique au Népal, entre 2003 et 2010.

 

Les forêts népalaises, un état stable

Les auteurs ont montré qu’après des décennies de déforestation intense, le couvert forestier sur les contreforts de l’Himalaya népalais s’est révélé stable entre 2003 et 2010. Ils ont également établi que, malgré l’augmentation du nombre de foyers, la collecte de bois de chauffe à l’échelle des villages n’a pas non plus varié. Elle s’élevait à 2 % de la biomasse de la forêt soit un taux proche du taux naturel de régénération d’où, probablement, la stabilité de son état sur cet intervalle de temps.

 

Les foyers népalais, des activités qui évoluent tandis que les revenus augmentent

Au cours de la période considérée, à l’échelle des foyers, cette collecte de bois a diminué de 8 % alors que le revenu des ménages a augmenté de près de 60 % et que de nombreux changements sont survenus. La taille des ménages, le nombre de têtes de bétail par foyer, la taille des propriétés agricoles et le temps de travail dévolu aux activités agricoles ont diminué. A l’inverse, l’éducation et les activités non agricoles ont augmenté.

Des activités agricoles plutôt dépendantes de la collecte de bois vers des activités non agricoles déportées vers les zones périurbaines, loin des forêts, le quotidien des ménages a changé tandis que la collecte du bois est devenue plus fastidieuse. Dans le même temps, les dépenses énergétiques des ménages ont quasiment doublé. En 2010, elles représentaient 2 % des dépenses des foyers et étaient couvertes essentiellement par des carburants dérivés du pétrole – gaz de pétrole liquéfié ou GPL, kérosène, fuel.

 

Ces travaux éclairent d’un jour nouveau la relation entre croissance économique et environnement, soulignant l’intérêt d’explorer la nature de la croissance économique. L’analyse de la croissance économique ne peut donc se départir de celle des données inhérentes à l’évolution des ménages. Si la croissance du revenu provient d’une intensification d’activités agricoles traditionnelles, tel l’élevage, elle s’accompagnera alors d’une réduction du couvert forestier. Si elle provient d’une modification de la structure occupationnelle des ménages - réduction du temps passé dans l’agriculture, développement d’activités économiques non-agricoles, on peut s’attendre alors à une réduction de la pression sur les forêts.

Aujourd’hui, l’avenir des forêts de l’Himalaya peut difficilement s’envisager dans une dynamique locale et dérégulée puisque les mécanismes de stabilisation spontanée du couvert forestier sont trop faibles. Dans ce contexte, le Népal a mis en place un programme massif de développement de sources d’énergie alternative, telle la bio-méthanisation ainsi qu’un vaste projet de rétrocession de la gestion forestière vers les communautés villageoises.

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Sciences sociales, agriculture et alimentation, espace et environnement
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Versailles-Grignon

Reference

Forest Degradation and Economic Growth in Nepal, 2003–2010

Jean-Marie Baland, François Libois, Dilip Mookherjee

Journal of the Association of Environmental and Resource Economists 5: 401-439. https://doi.org/10.1086/695690