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Culture de pommes de terre. © Agroscope & Office de l’agriculture et de la nature du canton de Berne (Suisse), Brändle Gabriela, Zihlmann Urs, Chervet Andre

Evaluer les services rendus par les écosystèmes agricoles pour mieux les gérer

L’Inra a évalué finement 14 services écosystémiques que rendent à l’agriculteur et à la société les écosystèmes des espaces dédiés à la production agricole (régulation du climat, pollinisation, fourniture de l’azote aux cultures, etc). Les résultats de cette étude novatrice ouvrent des pistes pour mieux gérer ces écosystèmes, avec notamment la réduction de l’utilisation d’intrants en agriculture. Cependant, pour une gestion optimale des écosystèmes agricoles, cette évaluation des services écosystémiques doit être conjuguée à deux autres approches : la connaissance de la biodiversité et la diminution de l’impact des pratiques agricoles. Ces travaux ont été rendus publics le 24 octobre 2017.

Mis à jour le 24/10/2017
Publié le 24/10/2017

Cette étude des services rendus par les écosystèmes agricoles sont l’un des six volets de l’Evaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques (EFESE), programme lancé en 2012 par le Ministère en charge de l’Environnement pour apporter des connaissances sur l’état actuel et l’utilisation durable des écosystèmes. En 2014, le Ministère de l’Environnement a sollicité l’Inra pour prendre en charge le volet relatif aux écosystèmes agricoles.

Quatorze services écosystémiques évalués

Partant d’une typologie internationale adaptée par les experts de cette étude, quatorze services écosystémiques particulièrement pertinents pour les écosystèmes agricoles ont été retenus. Ils sont distingué selon leurs bénéficiaires : la société qui peut bénéficier directement de services comme la régulation du climat, avec la réduction des émissions de gaz à effet de serre ou le stockage du carbone, et l’agriculteur qui, lui, bénéficie directement de services comme la pollinisation des espèces cultivées ou la fourniture d’azote minéral aux cultures.

Pour chaque service, les scientifiques ont d’abord cherché à quantifier le niveau de fourniture du service en termes biophysiques, à la résolution spatiale la plus fine possible, à l’échelle de la France et en considérant l’état actuel des écosystèmes et des pratiques agricoles. L’ensemble des résultats originaux issus de cette étude constitue un système d’information qui pourra être complété et mobilisé pour des travaux futurs.

Les experts soulignent qu’il est essentiel de procéder à une évaluation biophysique de qualité des services écosystémiques avant d’en tenter une évaluation économique. Celle-ci est particulièrement délicate et les résultats obtenus service par service ne peuvent être additionnés les uns aux autres, chacun nécessitant une démarche d’évaluation spécifique et ayant pour référence un état initial différent.

Azote : 40 à 50 % des besoins des grandes cultures pourvus actuellement par les écosystèmes

Les experts de l’étude ont évalué la quantité d’azote minéral fournie par l’écosystème au sol, à la fois par la minéralisation et par les symbioses racinaires. Ils ont mobilisé le modèle de culture STICS, élaboré par l’Inra. La comparaison des résultats obtenus entre les systèmes actuels et des systèmes en fertilisation minérale intégrale, montre que, pour les 8 principales grandes cultures, 40 à 50 % des besoins annuels des plantes en intrants sont pourvus par le service écosystémique (avec 60 % des valeurs situées entre 40 et 44 %). Dans tous les cas, ces résultats montrent qu’on pourrait limiter les apports en engrais minéraux actuellement effectués.

Climat : les systèmes de grandes cultures actuels déstockent en moyenne du carbone

Pour évaluer la régulation du climat, les experts ont estimé le stock de carbone actuel dans l’écosystème (notamment sols et structures ligneuses) et les variations annuelles de ce stock. En moyenne, les sols des systèmes de grandes cultures de l’écosystème agricole français tendent aujourd’hui à déstocker légèrement du carbone (- 0,3 pour mille chaque année avec des valeurs comprises majoritairement entre - 5 ‰ et + 4 ‰). Même si ces résultats seraient différents si les prairies avaient pu être intégrées, ils mettent en lumière l’effort qu’il faudra consentir pour atteindre l’objectif de l’initiative internationale « 4 pour mille ».

De la nécessité d’approches conjuguées

La présente étude se fonde sur les grandes cultures selon les systèmes de culture moyens actuellement mis en place, pour lesquels les données sont disponibles. Il serait intéressant de l’étendre à une grande variété de systèmes de culture et pratiques culturales dont l'agriculture biologique, les pratiques agroécologiques ou les modes de conduite sans labour, pour définir des systèmes agricoles s’appuyant au maximum sur les services écosystémiques et donc beaucoup moins gourmands en intrants.

L’outil « services écosystémiques » ne peut cependant pas constituer l’unique outil de gestion des écosystèmes car, par exemple, il peut y avoir de la biodiversité emblématique qui rend peu de services mais qu’il importe de gérer et préserver. Trois approches : évaluation des services écosystémiques, connaissance de la biodiversité emblématique, et diminution de l’impact des pratiques agricoles doivent être conjuguées dans la gestion des écosystèmes.

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Inra service de presse (01 42 75 91 86)