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Bonbons colorés. © Bertrand NICOLAS - Inra, NICOLAS Bertrand

Les bonbons au collège, entre objet de transgression et instrument de lien social

En France, les bonbons sont synonymes de plaisir, de fête et de partage. A la faveur d’une vaste étude de terrain, une sociologue de l’Inra de Versailles-Grignon révèle qu’au collège, les bonbons sont un élément, voire un instrument, de construction des liens sociaux qui permet aux préadolescents de trouver leur place au sein de la classe. Ces résultats sont publiés le 22 octobre 2015 dans la revue Anthropology of Food.

Mis à jour le 18/11/2015
Publié le 22/10/2015
Mots-clés : BONBON - COLLEGE

Sucettes, chewing-gums ou réglisses, à croquer, à sucer ou à mâcher… bien qu’ils soient traditionnellement associés à l’enfance, les bonbons sont encore très présents au collège. Dans la cour de récré comme en classe, ils se mangent, se donnent et se demandent au quotidien mais quels rôles y remplissent-ils vraiment ? C’est cette question qu’une chercheuse en sociologie de l’Inra Versailles-Grignon a explorée et dont elle livre les résultats.

Au cœur de l’étude
Durant deux années, entretiens et observations ont été réalisés auprès de 60 enfants âgés de 12 à 13 ans, scolarisés en classe de 5ème dans deux collèges de la petite couronne parisienne. Le premier établissement est situé dans une ville dont la population est majoritairement défavorisée. Il est classé en zone sensible prévention violence. Le second est localisé dans une ville plus cossue, proche d’une zone de logements sociaux. Il accueille une population socialement plus mixte. Dans les classes, se côtoient des élèves bien intégrés qui appartiennent au groupe uni et puissant des « populaires » et des élèves en marge, réunis en plus petits groupes, qui gravitent autour des premiers.

Le bonbon comme objet de transgression

Le bonbon qui entre au collège est celui qui a été acheté par l’élève, ce préadolescent qui a quitté, il y a peu, l’enceinte de l’école primaire et qui témoigne là de l’autonomie qu’il commence à acquérir. Plus encore, comme le montre la sociologue, ce bonbon conserve sa valeur hédonique lorsqu’il est invité au collège pour un goûter de fin d’année ou pour fêter Noël, tandis qu’il affiche un caractère transgressif quand il est consommé en dehors des repas ou a fortiori, en cachette pendant les cours. Cette consommation transgressive permet, comme l’explique la sociologue, aux élèves « populaires », plutôt rebelles face au système scolaire de gagner en prestige et plus encore d’affirmer leur position au sein de la classe.

Le bonbon comme vecteur de liens sociaux

Choisir avec qui on partagera le bonbon que l’on apporte à l’école est lourd de signification. En choisissant la personne digne de ce don, le préadolescent bien intégré et plutôt « populaire », dessine les contours de son cercle d’amis. A l’image du parent qui récompense l’enfant avec un bonbon, il traduit ainsi un lien affectif tandis qu’il reproduit la pratique parentale. Au contraire, le préadolescent en marge de la classe et plutôt dominé n’arrivant pas à se faire respecter des autres, ne résiste pas à la demande de certains et se transforme en fournisseur. Une place subie par certains qui peuvent aller jusqu’à se faire dépouiller par leurs camarades, ou choisie par d’autres qui y voient un moyen d’interaction avec les membres du groupe des « populaires » voire une façon de gagner leur estime ou de recevoir l’illusion d’une marque d’amitié fugace. Le partage de bonbons révèle ainsi la violence qui s’exprime à l’intérieur des groupes de pairs au collège à travers de forts enjeux de domination.

Ces résultats portés par une longue enquête ethnographique, mettent clairement en évidence que ce « morceau d’enfance » qu’est le bonbon, lié au plaisir et à la récompense et dont le statut est porté par les parents, les enseignants voire les médias, révèle aussi des rapports parfois conflictuels entre les collégiens. C’est un élément de construction des liens sociaux entre élèves au collège voire un instrument qui leur permet de trouver leur place au sein de leur classe.

Contact(s)
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Contact(s) presse :
Inra service de presse (01 42 75 91 86)
Département(s) associé(s) :
Sciences sociales, agriculture et alimentation, espace et environnement
Centre(s) associé(s) :
Versailles-Grignon

Référence

Aurélie Maurice, « L’ambivalence du bonbon dans les interactions entre préadolescents au collège (France) », Anthropology of food, en ligne le 22 octobre 2015, http://aof.revues.org/7848