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Supermarché.. © Inra, MAITRE Christophe

Vers de meilleures stratégies agricoles et alimentaires pour concilier durabilité et nutrition

Comment améliorer nos apports nutritionnels en optimisant nos pratiques agricoles ? Manger sain est-il bon pour notre planète ? Comment guider nos choix alimentaires pour concilier durabilité et nutrition ? Depuis plus de 3 ans, des équipes coordonnées par l’Inra et impliquant la filière Bleu-Blanc-Coeur, Valorex, Terrena travaillent sur ces problématiques dans le cadre du projet Agralid. A l’occasion d’un séminaire à Paris le 8 novembre 2016, les chercheurs livrent leurs résultats finaux. Ils confirment que le mode de production des produits animaux est un levier efficace d’amélioration des apports en acides gras dans la population française. De plus, leurs travaux débouchent sur un outil d’aide à la décision pour choisir les menus les plus durables selon différentes contraintes (disponibilité des aliments, coût, environnement…).

Mis à jour le 08/11/2016
Publié le 07/11/2016

De nombreuses maladies contemporaines (obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires…) sont liées à des déséquilibres dans les apports alimentaires qu’il s’agisse d’excès de sel, de sucres rapides, d’un mauvais équilibre entre énergie et protéines ou entre acides gras oméga-6 et oméga-3. Dans ce contexte, le projet Agralid a démarré en janvier 2013 avec pour objectif d’identifier des filières de productions agricoles durables capables de répondre au mieux aux recommandations nutritionnelles pour l’homme, en modifiant le moins possible les habitudes alimentaires et en proposant des menus accessibles au plus grand nombre.

Des algues et du lin pour nourrir les animaux d’élevage et améliorer nos apports en acides gras

La qualité nutritionnelle des produits animaux, l’impact environnemental, le coût de production peuvent être améliorés par le mode de production et particulièrement par les stratégies alimentaires mises en place dans les élevages. Ainsi, les pratiques déclinées au travers de la filière Bleu-Blanc-Coeur (BBC, voir encadré ci-dessous) répondent à des enjeux de santé publique en ce qui concerne les apports d’acides gras.

Dans le cadre du projet Agralid, les chercheurs ont utilisé de nouvelles matières premières alimentaires. Ils ont, entre autre, nourri les animaux d’élevage (porcs, poulets, poules pondeuses et vaches laitières) avec une source de microalgues riches en acide docosahéxaéonique (ou DHA), un acide gras jugé bon pour la santé humaine. Cet apport de DHA par les micro-algues s’est traduit par un fort dépôt dans la viande et les œufs. Les chercheurs ont également montré que les apports en acides gras oméga-3 sont améliorés lorsque les produits animaux sont issus d’un mode de production BBC filière lin (animaux nourris avec des graines de lin).

De plus, les scientifiques ont testé l’impact de nouvelles technologies industrielles (extrusion1 ou dépelliculage des graines de lin) sur la digestibilité des acides gras et leur efficacité alimentaire. Ils ont constaté que l’apport de graines de lin permet d’augmenter le dépôt d’acides gras oméga-3 par rapport à un régime standard (il est par exemple multiplié par cinq pour la côte de porc) et cet effet est amplifié avec les graines dépelliculées.

En termes d’impacts environnementaux, les scientifiques ont montré que la filière BBC réduit les impacts « changement climatique » et « demande cumulée en énergie » de la plupart des produits animaux.

Le point de vue des éleveurs et des consommateurs

Comment les éleveurs se situent face à des offres de démarches agricoles intégrant des critères de nutrition, de santé humaine et d’environnement ? Les chercheurs d’Agralid ont mené plusieurs enquêtes sociologiques intégrant une composante économique auprès des éleveurs. Leurs analyses ont permis de conclure que l’adhésion à une démarche nutrition-santé-environnement n’est pas contraignante sur le plan technique du point de vue de la conduite d’élevage.

Par ailleurs, une expérimentation a été menée auprès de 300 personnes dans deux restaurants d’entreprise à Nantes et à Rennes. Il s’agissait de présenter aux consommateurs différents types de menus (un menu « santé » nutritionnellement optimisé, un menu « végétarien » à faible impact carbone, un menu « filière » basé sur l’identification de l’origine et du mode de production des produits (dont BBC), un menu « global » combinant une partie des composantes des 3 menus précédents). Résultat : le menu « végétarien » (mettant l’accent sur les seuls arguments environnementaux) est celui qui recueille le plus mauvais score en termes de choix. Cette étude confirme également la préférence marquée des Français pour les produits dont l’origine et le mode de production sont bien identifiés. Ils révèlent aussi que les consommateurs sont prêts à payer plus cher (jusqu’à un surcoût de 10%) en choisissant un menu BBC « filière » ou « global », ce qui s’explique par des raisons à la fois hédoniques, sanitaires et éthiques.

Un outil d’aide à la décision pour améliorer ses menus

Le projet Agralid s’est concentré sur l'élaboration d'un outil d'aide à la décision pour définir les meilleures stratégies alimentaires. Une base de données regroupant au total 140 ingrédients a été constituée en rassemblant les informations relatives aux dimensions nutritionnelles, environnementales et socio-économiques. Les scientifiques ont ensuite développé un outil interactif qui permet non seulement de représenter graphiquement et de manière synthétique les principaux résultats du projet Agralid. Mais surtout, cet outil permet d'explorer les conséquences d’un changement de pratique alimentaire progressif en termes de composition nutritionnelle, d'habitude alimentaire, de coût économique et d'impact environnemental (voir figure ci-dessous). Il permet également de constituer de nouveaux menus tenant compte de diverses contraintes telles que les catégories, la quantité ou la diversité des ingrédients, les apports nutritionnels, les prix…

Après 3 ans de travaux, le projet Agralid a rassemblé une quinzaine de chercheurs de disciplines diverses et complémentaires qui confirment que le mode de production des produits animaux est un levier efficace d’amélioration des apports en acides gras dans la population française. Reste à poursuivre les travaux de recherche dans le domaine de la production des microalgues riches en DHA pour réduire les coûts d’utilisation en élevage, dans la protection des acides gras oméga-3 d’une possible peroxydation des produits enrichis naturellement en ces acides gras. Par ailleurs, les consommateurs choisissent un menu non seulement pour son goût mais parce que les produits qui le composent donnent toutes les garanties de santé du fait de leur origine et de leur mode de production. Et il serait souhaitable de mieux valoriser auprès des consommateurs « le bénéfice santé » de ces produits issus de filières spécialisées comme celle des animaux recevant une part de graines de lin dans leur alimentation.

Copies d'écran de l'outil d'aide à la décision : représentation synthétique du coût et des valeurs nutritionnelles et environnementales d'un menu (à gauche) et de la contribution des différents ingrédients à l'impact changement climatique (à droite).. © Inra
Copies d'écran de l'outil d'aide à la décision : représentation synthétique du coût et des valeurs nutritionnelles et environnementales d'un menu (à gauche) et de la contribution des différents ingrédients à l'impact changement climatique (à droite). © Inra

1.L’extrusion est une phase cruciale du procédé industriel permettant de traiter les graines de lin. Elle permet de détoxifier le produit tout en préservant toutes ses qualités nutritionnelles.

TELECHARGER LE DOSSIER DE PRESSE AGRALID

La filière Bleu-Blanc-Cœur en bref
L’Association Bleu-Blanc-Coeur est née en 2000 d’un collectif de paysans, scientifiques, agronomes, consommateurs et médecins. Elle s’inscrit dans une démarche d’amélioration de la chaîne alimentaire. Elle organise le retour de cultures végétales telles que l’herbe, la luzerne, le lin, la féverole… réputées vertueuses pour l’environnement et pour leurs qualités nutritionnelles. Les animaux Bleu-Blanc-Cœur reçoivent ainsi une alimentation diversifiée avec ces plantes et graines sélectionnées pour leurs qualités nutritionnelles. La démarche Bleu-Blanc-Cœur est ainsi engagée dans une démarche d’amélioration de la teneur nutritionnelle en oméga 3 de notre alimentation. Cette démarche fait l’objet d’une reconnaissance des experts des Ministères de la santé et de l’Agriculture.
Valorex en bref
Créée en 1993, Valorex est une entreprise spécialisée dans la mise en place de filières végétales et dans la cuisson, appelée cuisson extrusion, de graines oléagineuses et protéagineuses pour l’alimentation animale. L’histoire de Valorex est celle d’une conviction, d’une certaine façon de faire le métier de la nutrition animale au service d’une chaîne alimentaire. Sa philosophie la porte à vouloir bien nourrir les animaux pour bien nourrir les hommes, tout en prenant en considération le bien-être social et économique des éleveurs, et l’environnement. Valorex en chiffres : 308 publications, 12 brevets, 10 thèses CIFRE, une équipe R&D régroupant 30 ingénieurs, docteurs en science, thésards, statisticiens, techniciens au service du développement de nos activités et de nos filières.
Terrena en bref
Avec un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros, 14 000 salariés et près de 22 000 adhérents en 2015, le groupe coopératif Terrena est l’un des acteurs majeurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Terrena fait partie intégrante du bassin agricole de l’ouest de la France, l’un des principaux d’Europe. Son coeur de territoire couvre les départements de Loire-Atlantique, du Maine-et-Loire, des Deux-Sèvres et de la Vienne. Depuis 2008, Terrena déploie La Nouvelle Agriculture sur l’ensemble de ses filières et de ses productions. La coopérative propose aux agriculteurs de nouvelles pratiques pour produire plus et mieux avec moins : moins d’intrants chimiques, moins d’eau, plus de respect des sols et du bien-être animal… Des solutions innovantes issues de l’Agriculture Ecologiquement Intensive sont expérimentées, grandeur nature dans les fermes, par nos agriculteurs Sentinelles de la terre.
Terrena garantit l’origine des produits et propose une alimentation de qualité, accessible à tous. Elle porte un avenir positif à la fois pour les consommateurs et pour l’agriculture française. Parmi les récompenses qui lui ont été attribuées figurent le Prix européen Cogeca pour l’innovation coopérative 2012, un Trophée territoire Innovation Pays de Loire 2013, le Lapin d’or et le Poulet d’or aux Trophées du Bien-être Animal respectivement en 2015 et 2016, décernés par l’association CIWF.
Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Jacques Mourot (02 23 48 50 60) Unité Physiologie, environnement et génétique pour l'animal et les systèmes d'élevage (Inra, Agrocampus Ouest)
Contact(s) presse :
Inra service de presse (01 42 75 21 86)
Département(s) associé(s) :
Physiologie animale et systèmes d’élevage
Centre(s) associé(s) :
Bretagne-Normandie

AGRALID en bref

> Agralid - évaluation nutritionnelle, environnementale et socioéconomique de plusieurs menus alimentaires ; vers une évolution durable des pratiques agricoles et des recommandations nutritionnelles - est un projet financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) à hauteur de 726 663 euros.

> Début du projet : janvier 2013 – Fin en juin 2016

> Les partenaires du projet : AUDENCIA ; unité Inra de recherches avicoles ; unité Physiologie, environnement et génétique pour l'animal et les systèmes d'élevage (Inra, Agrocampus ouest) ; TERRENA ; GROUPE
ESA ; unité Sol agro et hydrosystème spatialisation (Inra, Agrocampus ouest) ; Valorex ; Bleu-Blanc-Coeur

> En novembre 2016 : 12 publications scientifiques, 25 communications dans des congrès en plus de présentation à l’expo universelle de Milan 2016 et lors de la COP 21 à Paris.

> En savoir plus : http://www6.inra.fr/agralid