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couv Evolutionary Applications. © Inra

Le mildiou de la vigne sous surveillance : s’adapte-t-il aux cépages résistants ?

Au moment où de nouveaux cépages résistants, notamment au mildiou de la vigne, vont être mis sur le marché, les capacités d’adaptation des pathogènes aux variétés résistantes restent mal connues. En comparant l’agressivité de différentes populations de mildiou, des chercheurs de l’Inra montrent que si la résistance des cépages est globalement efficace, le mildiou est néanmoins capable de s’adapter en quelques années, diminuant ainsi l’efficacité de ces résistances. Ces résultats plaident pour adosser l’utilisation des cépages résistants à des pratiques agronomiques préservant leurs durabilités. Ces travaux sont publiés dans la revue Evolutionary Applications.

Mis à jour le 08/06/2017
Publié le 13/05/2016

Les cépages de vigne cultivés sont tous très sensibles aux maladies aériennes, notamment au mildiou (Plasmopara viticola). La vigne cultivée (Vitis vinifera) n’a pas spontanément la capacité de se défendre contre cette maladie d’origine américaine qui a été introduite en Europe au 19e siècle. Actuellement, la protection contre ce pathogène requiert entre 5 et 10 traitements fongicides par an. Une des méthodes alternatives de gestion de la maladie consiste à utiliser des variétés de vignes résistantes (voir figure 1), une option déjà privilégiée dans de nombreuses cultures. Grâce à l’aboutissement de différents programmes d’amélioration de la vigne en Europe, cette solution est maintenant envisageable en viticulture1. On estime qu’elle pourrait permettre une réduction de près de 90% de l’utilisation des fongicides sur vigne.

Figure 1 : Attaques de mildiou de la vigne sur un cépage de Vitis vinifera sensible (A) et sur un cépage de vigne résistant à la maladie (B).. © Inra, François Delmotte, Laurent Delière
Figure 1 : Attaques de mildiou de la vigne sur un cépage de Vitis vinifera sensible (A) et sur un cépage de vigne résistant à la maladie (B). © Inra, François Delmotte, Laurent Delière

En 2017, l’Inra inscrira au catalogue une série de cépages présentant une résistance partielle au mildiou. Toutefois, l’efficacité de ces résistances pourrait être réduite par l’émergence de souches « virulentes » après seulement quelques années de culture des cépages résistants.

Figure 2 : Le mildiou de la vigne s’adapte aux cépages résistants – Regent, Prior et Bronner – ce qui entraîne une baisse de l’efficacité de la résistance (érosion). Le pourcentage d’efficacité est calculé relativement à un cépage sensible (Cabernet Sauvignon) sur la base de la sporulation du mildiou, un paramètre majeur dans la dissémination de la maladie.. © Inra
Figure 2 : Le mildiou de la vigne s’adapte aux cépages résistants – Regent, Prior et Bronner – ce qui entraîne une baisse de l’efficacité de la résistance (érosion). Le pourcentage d’efficacité est calculé relativement à un cépage sensible (Cabernet Sauvignon) sur la base de la sporulation du mildiou, un paramètre majeur dans la dissémination de la maladie. © Inra

Dans ce contexte, les chercheurs de l’unité Santé et agroécologie du vignoble (Inra, Bordeaux Sciences Agro) travaillent sur la gestion durable des résistances de la vigne. Une des questions est de savoir si le mildiou de la vigne est susceptible de s’adapter à la pression de sélection qu’exerceront les cépages résistants. Pour y répondre, ils ont comparé l’agressivité de souches de mildiou collectées sur des cépages résistants avec celle de souches de mildiou « naïves », c’est-à-dire n’ayant jamais rencontré la résistance. Les populations de mildiou étudiées provenaient de Suisse et d’Allemagne, deux pays où plusieurs cépages résistants ont déjà été déployés. Lors d’une expérimentation en laboratoire, ils ont inoculé les souches de mildiou sur trois cépages allemands (Regent, Prior, Bronner).

Leurs résultats montrent que la résistance partielle des cépages est globalement efficace pour contrôler le mildiou (voir figure 2) : la production de spores de mildiou est réduite de 58% à 92% par rapport à un cépage sensible (Cabernet sauvignon). Cependant, les chercheurs ont également observé que les souches issues des cépages résistants présentent déjà une sporulation plus importante et plus précoce que les souches « naïves » (issues de cépages sensibles). Ainsi, sur Regent et Prior, l’adaptation des populations de mildiou conduit à une réduction de l’efficacité potentielle de la résistance de près de 26%. Sur le cépage résistant Bronner, la diminution d’efficacité est de 7%. C’est ce qu’on appelle « l’érosion de la résistance » (Figure 2). Dans le cas du Regent, cette adaptation est en outre très rapide (inférieure à 5 ans), comme l’avait déjà suspectée une précédente étude conduite par la même équipe.

Les chercheurs montrent aussi que cette évolution des populations de mildiou ne semble pas avoir de conséquences pour les cépages cultivés actuellement. En effet, sur le Cabernet sauvignon (sensible), les souches « virulentes » de mildiou ne paraissent pas plus agressives que les souches « naïves ». Ce résultat nécessitera néanmoins d’être confirmé par de nouvelles expérimentations.

Au moment où l’Inra va bientôt mettre sur le marché de nouveaux cépages résistants, ces résultats soulignent l’importance de prendre en compte la durabilité des résistances. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’Inra privilégie la création de variétés à résistance plurigénique, c’est à dire cumulant plusieurs facteurs de résistance à un même agent pathogène. Cette stratégie de création variétale, dénommée « pyramidage », est reconnue pour assurer une plus grande durabilité des résistances. De leur côté, les agronomes travaillent sur les itinéraires culturaux adaptés à ces nouveaux cépages. C’est de cette approche pluridisciplinaire - combinant des leviers génétiques et agronomiques - que nous réussirons à élaborer des systèmes viticoles qui réduisent fortement l’utilisation des fongicides.
 

1 http://www.bordeaux-aquitaine.inra.fr/Toutes-les-actualites/Innovation-varietale-varietes-vignes-resistantes

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Chloé Delmas (05 57 12 26 13) Unité Santé et Agroécologie du Vignoble (Inra, Bordeaux Sciences Agro)
  • François Delmotte (05 57 12 26 14) Unité Santé et Agroécologie du Vignoble (Inra, Bordeaux Sciences Agro)
Contact(s) presse :
Inra service de presse (01 42 75 91 86)
Département(s) associé(s) :
Santé des plantes et environnement
Centre(s) associé(s) :
Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux

Référence

Chloé E.L. Delmas, Frédéric Fabre, Jérôme Jolivet, Isabelle D. Mazet, Sylvie Richart Cervera, Laurent Delière, François Delmotte. Adaptation of a plant pathogen to partial host resistance: selection for greater aggressiveness in grapevine downy mildew. Evolutionary Applications doi:10.1111/eva.12368, 13 mai 20016