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Vaches laitières en élevage biologique. © Inra-Oniris, J. Duval

Les objectifs de l'accord de Paris sur le climat ne peuvent être atteints sans réduire les émissions de gaz à effet de serre en agriculture

Pour la première fois, les scientifiques ont calculé le niveau de réduction d'émissions nécessaire en agriculture pour atteindre l'objectif de l’accord de Paris sur le climat visant à limiter le réchauffement de la planète à 2°C d'ici 2100. Les experts du CGIAR1, de l'université de Vermont (Etats-Unis) et d'institutions partenaires dont l’Inra, montrent qu’une réduction d'une gigatonne d'équivalent CO2 par an d'ici 2030 sera nécessaire en agriculture au niveau mondial. Entre 21 % et 40 % de cet objectif pourrait être atteint avec les pratiques connues à ce jour pour réduire les émissions de méthane et de protoxyde d’azote. L’augmentation du stock de matière organique du sol (stockage de carbone) apparait donc comme indispensable. Et cet objectif est celui de l’initiative « 4 pour 1000. Le sol pour la sécurité alimentaire et le climat » qui a été lancée lors de la COP 21 et dont la gouvernance sera adoptée à Marrakech lors de la COP 22. Ces travaux font l’objet d’une publication dans Global Change Biology.

Mis à jour le 18/11/2016
Publié le 04/11/2016

Des experts du CGIAR Research Program on Climate Change, Agriculture and Food Security (CCAFS) -programme de recherche du CGIAR1 sur le changement climatique, l'agriculture et la sécurité alimentaire-, de l'université de Vermont et d'institutions partenaires dont l’Inra estiment que le secteur agricole doit réduire les émissions autres que le CO22  d'une gigatonne d’équivalent CO2 (CO2e) par an d'ici 2030. Cependant, des analyses approfondies ont également révélé un écart important entre les options existantes d'atténuation dans ce secteur et les réductions nécessaires : les interventions actuelles fourniraient seulement entre 21 % et 40 % du niveau d'atténuation requis.

Les chercheurs préviennent que les réductions d'émissions dans d'autres secteurs comme ceux de l'énergie et du transport seront insuffisantes pour remplir les exigences du nouvel accord de Paris sur le climat. Selon eux, l'agriculture doit également jouer un rôle et les institutions internationales axées sur l'agriculture et la sécurité alimentaire devraient établir un objectif sectoriel lié à la limite des 2°C afin d'orienter les efforts vers un niveau d'atténuation plus ambitieux et suivre le progrès vers les objectifs.

119 pays ont inclus l'atténuation dans le domaine de l'agriculture dans leurs contributions prévues déterminées au niveau national soumises à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Cependant, peu de précisions ont été apportées pour déterminer comment ces engagements pourront être respectés.

Aujourd'hui, l'agriculture (sans inclure le changement d'affectation des terres) contribue en moyenne à 35 % des émissions de gaz à effet de serre dans les pays en développement et 12 % dans les pays développés. Cependant, les auteurs préviennent que les efforts d'atténuation des niveaux d'émissions doivent être en équilibre avec le besoin d'une production alimentaire suffisante, surtout dans les pays les plus pauvres.

Pour atteindre l’objectif mentionné dans l'article d'une gigatonne de CO2e par an d'atténuation des émissions de gaz autres que le CO2 en agriculture, 21 % à 40 % de cette atténuation pourrait se faire à travers des pratiques connues, dont :

• Intensification durable de la production de bétail ;
• Utilisation efficace de l'eau à travers l'alternance d'humidification et d'assèchement pour le riz irrigué ;
• Gestion des nutriments pour les cultures annuelles, dont l'utilisation efficace d'azote et de fumier ;
• Relocalisation de la production pour une meilleure efficacité des intrants.

Cependant, cette mise en œuvre nécessiterait d'énormes efforts d'investissements, de partage d'informations et de soutien technique afin d'assurer une transition à l'échelle internationale. Selon cette étude, même de tels efforts ne suffiraient pas. Des technologies et politiques avec un impact bien plus grand seront nécessaires. Des innovations technologiques prometteuses sont à l'horizon, dont des inhibiteurs de méthane susceptibles de réduire les émissions produites par les vaches de 30 % sans changer le rendement en lait, des races de bovins émettant moins de méthane et des variétés de céréales émettant moins d'oxydes d'azote.

Les exemples de politiques en faveur d'un niveau d'atténuation plus ambitieux incluent un système plus rigoureux de subventions, de tarification et d'impôts sur le carbone ; l'adoption par les gouvernements et le secteur privé de normes de durabilité où sont incluses les réductions d'émissions en agriculture ; et l'amélioration de l'accès des exploitants agricoles à une assistance technique concernant les options d'atténuation pertinentes au niveau local, par exemple à travers l'utilisation de portails d'informations disponibles sur les téléphones portables et sur le web.

Selon les auteurs, une plus grande focalisation sur la séquestration du carbone dans les sols, plus d'agroforesterie, moins de pertes et de gaspillage d'aliments et une modification des habitudes alimentaires sont autant d'éléments susceptibles de contribuer de manière significative à la réduction d'émissions provenant de l'agriculture. Cependant, bien moins de recherches ont été effectuées concernant l'atténuation des émissions provenant de ces sources. Il faut donc agir maintenant pour identifier les options et leurs effets.

1 Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR pour Consultative Group on International Agricultural Research) est une organisation internationale dont la mission est de coordonner les programmes de recherche agricole internationale dans le but de réduire la pauvreté et d'assurer la sécurité alimentaire dans les pays en voie de développement.
2 Cette étude se focalise sur les émissions autres que le dioxyde de carbone (CO2) en agriculture, dont le méthane (CH4) et le protoxyde d'azote (N2O), tous deux des gaz à effet de serre au potentiel de réchauffement planétaire beaucoup plus élevé que celui du CO2. Le carbone du sol a été exclu de l'analyse car les données sont extrêmement variables et impliquent beaucoup de suppositions liées aux apports de matières organiques, aux rapports carbone/azote, à la profondeur et à la densité apparente et à la chronologie de la saturation. Le carbone dans la biomasse a également été exclu car les données mondiales sont relativement faibles.

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Référence :

Wollenberg E. et al. Reducing emissions from agriculture to meet the 2°C target. Global Change Biology. DOI: 10.1111/gcb.13340, 17 mai 2016.