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A la fin d'un marché alimentaire traditionnel, les fruits et légumes abimés ou invendus jonchent le sol et finissent dans les poubelles avant destruction.. © Inra, WEBER Jean

Réduire les pertes et gaspillages alimentaires en milieu urbain : 9 leviers d’actions identifiés

Comment limiter le gaspillage alimentaire en milieu urbain et favoriser le développement de systèmes alimentaires « zéro gaspillage, zéro déchet » ? L’Inra, accompagné d’un groupe d’experts internationaux, a identifié 9 leviers d’actions, déjà portés par différents acteurs à travers le monde, et les a confrontés à 3 scénarii d’évolution des villes dans les pays dits « développés ». Les résultats de l’étude présentés le 8 juin 2016 montrent par ailleurs que ces leviers visant à réduire pertes et gaspillages doivent être cohérents avec les politiques ou normes garantissant la sécurité sanitaire des produits, la santé des personnes et de l’environnement. Leur mise en œuvre doit également ne pas aller à l’encontre de la priorité donnée par les politiques publiques à la réduction de la production de déchets à la source, en soutenant trop fortement le développement du recyclage des bio-déchets en aval.

Mis à jour le 08/06/2016
Publié le 08/06/2016

Les pertes et gaspillages alimentaires sont associés essentiellement aux étapes de la distribution et de la consommation et, du fait de la concentration urbaine, ils se produisent principalement en ville. Au niveau européen, sur un total de denrées perdues de 173 kg par an et par habitant, 70% sont imputables à ces étapes de distribution et consommation, et les bio-déchets sont peu ou mal valorisés.

9 leviers pour réduire le gaspillage alimentaire en ville

Les chercheurs de l’Inra accompagné d’experts internationaux ont identifié 9 leviers, déjà portés à travers le monde par divers acteurs (Etat, collectivités, entreprises ou consommateurs) :

1)    des outils économiques et financiers
Outils incitatifs, redevances ou taxes pour responsabiliser les opérateurs (restaurateurs, ménages, collectivités…) et encourager la réduction des déchets à la source ou leur valorisation.

2)    l’assouplissement des cahiers des charges de la grande distribution

3)    le retrait progressif des aliments de la commercialisation
Pour ouvrir le marché aux produits ayant des défauts ou proposer des produits proches de leur date de péremption par leur déstockage ou les dons.

4)    la répartition de la responsabilité entre les acteurs
Le report de responsabilité vers le consommateur pourrait sécuriser certaines pratiques.

5)    des règles d’urbanisme et le développement d’infrastructures adaptées
pour faciliter la collecte de biomasse, l’agriculture ou l’élevage urbains, encadrer des nouveaux modes de consommation comme le troc, la vente de repas entre particuliers…

6)    des outils technologiques pour permettre de maîtriser les flux alimentaires et contrôler la péremption des aliments
Des emballages « intelligents » (puces fraîcheur, détection des altérations), les produits vendus en vrac, les appareils ménagers connectés (le frigo qui aide à gérer les stocks en fonction des produits et de leur date de péremption).

7)    l’exploitation collaborative des données
Le suivi des flux et des capteurs intelligents qui permettent le partage des données (production, stock, négoce, consommation) entre tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement.  Par exemple, le partage des données de caisse entre la grande distribution et ses fournisseurs, ou encore le partage en temps réel des invendus proches de la date limite de consommation et les associations de proximité.

8)    des technologies de valorisation des aliments non consommés et des déchets
Pour l’alimentation animale, la production d’énergie, le compostage et épandage ou la chimie verte.

9)    les actions de sensibilisation, de formation et d’éducation de tous les publics.

Le groupe d’experts a ensuite confronté ces leviers à 3 scénarii contrastés d’évolution des villes : concentration urbaine et mondialisation, villes en réseau et croissance verte, villes en repli et économies de partage.  Si la plupart des leviers peuvent être mobilisés dans tous les scénarii, les moyens de leur mise en place varient fortement selon les caractéristiques du contexte urbain.
Ainsi, le recyclage des bio-déchets alimentaires dépend du déploiement de technologies d’ampleur industrielle dans un contexte de métropole mondialisée, alors que, dans un contexte de villes moyennes en réseau favorisant la croissance verte, il s’appuiera sur le déploiement local d’une économie circulaire, soutenu par des règles d’urbanisme et des infrastructures portées par les collectivités.
En amont de la consommation alimentaire, la limitation de la production de déchets alimentaires à la source peut profiter des opportunités offertes par la proximité dans les deux scenarii de villes en réseau et de ville en repli. Mais elles mobilisent, dans le premier cas, des technologies basées sur la numérisation des activités du système alimentaire, et la mobilisation des données ainsi générées, en vue d’améliorer l’efficience des organisations logistiques.
Dans le cas de ville en repli, c’est le développement de technologies minimales et économes ainsi que la mise en place de règles encadrant agriculture urbaine et nouvelles pratiques d’approvisionnement (troc, préparation de repas à la demande, etc.) qui sont susceptibles de limiter le gaspillage à la source. Enfin, l’assouplissement des cahiers des charges de la grande distribution ou les leviers favorisant le don (révision des règles de répartition des responsabilités) ne semblent véritablement intéressants que dans les contextes de métropolisation...

Dans tous les cas, les mesures favorables à la réduction du gaspillage à la source devront être cohérentes avec les exigences de sécurité sanitaire, tout comme les risques liés à la diffusion de contaminants peuvent être un frein à la mobilisation des bio-déchets à des fins agricoles ou pour des usages énergétiques, chimiques ou de produits bio-sourcés. D’autre part, les mesures incitatives à la valorisation et au recyclage des bio-déchets peuvent diminuer l’impact de l’objectif prioritaire affiché par les politiques publiques actuelles : la réduction avant tout du gaspillage à la source.

Sur ces bases, les chercheurs ont recensé les besoins de connaissances nécessaires à la mise en œuvre de ces actions, selon chaque scénario d’évolution.

Pour accéder au résumé, au rapport et au dossier de l'étude

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Contact(s) presse :
Inra service de presse (01 42 75 91 86)