. © Inra, william beaucardet

L'Inra, l'agriculture et le climat

Gérer la ressource en eau

C’est la molécule la plus précieuse du monde : l’eau. Pas facile de la partager équitablement entre ses différents usages. Les zones urbaines, l’industrie et la production d’électricité en sont de grands consommateurs. Mais il ne faut pas oublier les rivières : même en été, celles-ci doivent garder un débit minimal pour maintenir en vie les écosystèmes qu’elles abritent. Et l’agriculture ? A l’heure du changement climatique, celle-ci devra apprendre à utiliser au mieux la part d’eau qui lui sera allouée. Plus question d’irriguer sans mesure, vu que chaque goutte compte. A l’heure où le changement climatique menace de rendre plus précaire l’accès à cette ressource, les chercheurs de l’Inra développent des modèles pour tenter d’aider les agriculteurs à réduire leurs prélèvements en eau sans assécher leurs marges de bénéfices et aider les gestionnaires de l’eau à partager le plus raisonnablement possible ce précieux liquide entre ses nombreux utilisateurs.

Mis à jour le 22/12/2015
Publié le 22/12/2015

L’art d’irriguer son champ

Bien irriguer son champ n’est pas si simple, surtout à l’heure du changement climatique. On pourrait croire, par exemple, que le meilleur moyen de faire des économies d’eau est de développer tous azimuts l’irrigation goutte-à-goutte. Pas si simple: cette technique, excellente pour les cultures pérennes et le maraîchage, est peu adaptée pour un champ de blé ou de maïs. L’aspersion est plus adaptée pour ces cultures mais moins efficace : une partie de l’eau reste sur les feuilles et les tiges et s’évapore illico. Dans tous les cas, avant d’arroser, il faut bien connaître les besoins des plantes et leur dynamique hydrique. Pour le savoir, les chercheurs Inra d’Avignon utilisent le modèle STICS qui leur permet de simuler, à l’échelle d’une parcelle, l’eau transpirée par les plantes, celle qui s’échappe par drainage pour alimenter les aquifères et celle qui reste dans le sol ; ceci, en fonction des types de cultures, des pratiques agricoles, de la nature du sol et bien sûr, des données climatiques. Couplé aux simulations du climat futur, ce modèle permet aussi de prédire les besoins en eau de l’agriculture pour les décennies à venir.

Au chevet d’un bassin déficitaire en eau

L’aval de l’Aveyron, dans le Tarn-et-Garonne, est un bassin en déficit chronique : la demande en eau y est supérieure à l’offre, ce qui entraîne déjà des tensions entre différents usagers. Or, en raison de l’application de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques, les agriculteurs devront se satisfaire d’un certain quota d’eau. Quota qu’ils trouvent aujourd’hui largement insuffisant. Des chercheurs de l’Inra de Toulouse ont décidé de prendre ce bassin comme modèle d’études et d’y tester, pour la première fois, le modèle MAELIA qu’ils développent. Celui-ci permet de simuler les interactions entre activités agricoles, hydrologie et gestion de l’eau. Dans un premier temps, ils ont demandé aux agriculteurs de proposer des changements dans les systèmes de culture actuels qui leur sembleraient réalistes pour réduire leurs prélèvements en eau. Grâce au modèle, ils ont montré que ces premières propositions restent insuffisantes pour annuler le déficit hydrique du bassin. Conclusion : ce ne sont pas de petits réarrangements qui changeront la donne. Dans bien des territoires, l’agriculture devra connaître une profonde mutation pour s’adapter d’une part, aux nouvelles réglementations et d’autre part, aux nouvelles conditions climatiques.

Culture de riz en Camargue.. © © INRA, SLAGMULDER Christian

Qualité de l’eau : le rôle des zones humides

Ce n’est pas que la quantité, c’est aussi la qualité de l’eau qui sera affectée par le changement climatique. Une des clés de cette qualité se trouve dans les zones humides. Ces terrains gorgés d’eau, situés le long des cours d’eau, ont une importance écologique majeure. Les zones humides localisées en tête de bassin versant sont, pour l’azote, de véritables petites stations d’épuration naturelles. Elles sont en revanche des sources de carbone et de phosphore. Avec le changement climatique, les surfaces de ces zones humides diminueront. D’après les modèles, l’augmentation de la température pourrait accélérer la dénitrification et donc l’épuration de l’azote. À plus long terme, les canicules à répétition et la baisse de la pluviométrie pourraient déséquilibrer ces écosystèmes et les rendre moins efficaces. Le projet Climaster, s’est intéressé, parmi de nombreux autres impacts étudiés, au rôle des zones humides dans le cycle de plusieurs éléments chimiques et a montré l’étendue des incertitudes vis-à-vis des fonctions des zones humides. Reste aux chercheurs à combler ce déficit de recherche.

Irrigation de la vigne : un tabou à lever

Grains de raisin. © Fotolia
Grains de raisin © Fotolia
Dans le Nouveau Monde, en Californie ou en Argentine par exemple, l’irrigation de la vigne est une pratique courante. En Europe, c’est tout le contraire : moins de 10 % des vignobles sont irrigués. Néanmoins, un changement s’opère : avec le changement climatique, de nombreux producteurs se rendent à l’évidence que, pour rester compétitifs, ils ne peuvent plus compter uniquement sur le ciel. Ainsi, sur le pourtour méditerranéen, l’irrigation se développe. Ceci n’est pas sans poser problème. Il faut en effet bien maîtriser l’irrigation pour maintenir la qualité et la quantité de la vendange.

Se pose aussi le problème de la ressource en eau. Les chercheurs de l’Inra conduisent actuellement des expériences pour évaluer une nouvelle ressource hydrique : l’eau traitée par les stations d’épuration. Celle-ci contient de l’azote et du phosphore qui pourraient servir à nourrir la vigne. Ce travail de recherche mené à Narbonne est susceptible d’intéresser des zones du littoral méditerranéen où l’accès à l’eau sera de plus en plus difficile.