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L'Inra, l'agriculture et le climat

L’alimentation durable : défi du 21e siècle

Pourra-t-on nourrir les 8, 9 ou 11 milliards d’êtres humains qui peupleront la terre en 2050 ? Le défi est de taille, certes, mais on aurait tort de le voir uniquement comme un problème quantitatif. L’alimentation durable, selon la FAO, doit être sûre, nutritionnellement adéquate et bonne pour la santé. Elle doit aussi être acceptable culturellement, loyale et réaliste du point de vue économique. Enfin, elle doit protéger la biodiversité, les écosystèmes et optimiser l’usage des ressources naturelles. Premier pas : réduire son empreinte sur l’environnement et le climat. Impact qui est aujourd’hui bien trop élevé : en Europe, en incluant l’agriculture, notre alimentation représente 30 % des émissions de GES, 55 % de l’acidification des sols et 30 % des déchets. C’est pour mieux cerner l’énorme enjeu que représente l’alimentation durable que l’Inra et le Cirad ont publié en 2011, un exercice de réflexion appelé Dualine. Une centaine de chercheurs ont dressé un état des lieux des connaissances sur les impacts de notre consommation sur l’environnement, la santé, l’économie et la société à l’échelle du globe.

Mis à jour le 22/12/2015
Publié le 22/12/2015

La chasse au gaspi est ouverte

L’objectif d’une alimentation durable passe par une réduction drastique du gaspillage. En effet, 30 % de ce que produit la Terre pour nous sont perdus. En Europe, entre 280 et 300 kg de nourriture par an et par personne partent à la poubelle. Or, la production de ces aliments gaspillés a mobilisé des terres, utilisé de l’eau, des engrais et autres intrants, du travail et des combustibles fossiles. Avec la consommation, une grande source de gaspillage se trouve à la production même. Pensez à tous ces fruits et légumes qui présentent un défaut ou dont la taille ne passe pas les calibrages. Le consommateur peut lui aussi faire la chasse au gaspi : des gestes aussi simples que classer les produits par ordre de conservation dans le réfrigérateur, faire et respecter une liste de courses, contribueraient à réduire de 20 à 30 % le gaspillage des ménages.

Rééquilibrer notre alimentation pour réduire son impact

Le régime alimentaire des pays développés pose problème : trop riche en produits d’origine animale, son empreinte environnementale est très élevée. Les chercheurs de l’Inra ont montré que chaque Français consomme en moyenne, pour son alimentation, 4 kilos de carbone tous les jours, mais avec une variabilité interindividuelle très grande. Or, si l’on veut nourrir la planète de façon durable, les pays du Nord devront montrer l’exemple et réduire cet impact. Les chercheurs se sont demandé, en étudiant la consommation des Français, quels pourraient être les menus bons à la fois pour la santé et pour l’environnement. Ils ont montré que des variations assez modestes des régimes moyens pourraient réduire de 20 % l’empreinte de notre nourriture. Pour cela, il suffirait de réduire la part de la viande, des oeufs et du poisson : ces produits, qui représentent 17 % des calories que nous consommons, devraient passer à 14 %. La part de fruits et légumes de 7 à 9 % et celle des féculents (pâtes, pain), de 26 à 30 %. En somme, un rééquilibrage en faveur d’une alimentation plus végétale et une réduction de l’apport énergétique auraient un impact tout à fait significatif, en particulier pour les gros consommateurs de produits animaux.

Afrique du Nord - Moyen-Orient : une importante dépendance alimentaire que le changement climatique pourrait accentuer à l’horizon 2050 ?

En 50 ans, la population de la région Afrique du Nord - Moyen-Orient a été multipliée par 3,5 ; le régime alimentaire y a évolué par augmentation de la part des huiles végétales et des produits sucriers au détriment des céréales. La dépendance aux importations y est passée de 10 à 40 %. Si les effets du changement climatique ne sont pas contenus, cette dépendance alimentaire va s’accentuer dans la région. Un exemple : si rien n’est fait, le Maghreb serait particulièrement exposé, perdant 50 % de ses terres cultivables. Pour le compte de l’association Pluriagri, l’Inra a mené en 2015 une étude réunissant des agronomes, des économistes et des politologues, visant à simuler les effets sur la dépendance aux importations agricoles de la région, de divers scénarios à l’horizon 2050. Seule une combinaison de trois leviers pourrait limiter la dépendance alimentaire de la région à l’horizon 2050 : accroissement des rendements par progrès technique, limitation de la demande par régulation des régimes alimentaires, limitation des pertes et gaspillages. Mais les simulations démontrent que la façon la plus efficace de lutter serait de limiter le changement climatique, supposant un fort engagement politique.