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L'Inra, l'agriculture et le climat

GARDER LES SOLS VIVANTS - Une priorité : enrichir les sols en carbone

Comment réduire les concentrations atmosphériques du gaz carbonique, responsable pour une large part du changement climatique ? Pour limiter les émissions de GES et assurer la durabilité de l’agriculture, il convient d’accompagner la transition vers des systèmes autonomes sur le plan énergétique et des intrants (pesticides, engrais) en s’appuyant sur des services écosystémiques. L’une des solutions consiste à accroître les stocks de carbone de la biosphère continentale et des sols agricoles et forestiers, par tous les moyens naturels possibles. Les écosystèmes forestiers pourraient y contribuer largement. Il est encore possible d’améliorer l’efficacité de ces puits de carbone. Mais pour cela, des aménagements s’avèrent nécessaires.

Mis à jour le 22/12/2015
Publié le 22/12/2015

Quand la sécheresse pénalise le stockage du carbone

Le changement climatique va entraîner un déficit hydrique dans certaines régions. Et les conséquences risquent d’être plus dramatiques encore qu’on ne le pensait. Une équipe de l’Inra de Nancy a en effet démontré que la sécheresse limite fortement le stockage du carbone par les forêts, en raison de la diminution de l’assimilation photosynthétique. Ces travaux ont été confirmés par l’analyse de la sécheresse de 2003. Or, on sait que ce type d’aléa climatique va devenir plus fréquent dans les années à venir. D’où l’importance des travaux menés dans le cadre des projets Carbofor et FAST pour analyser les flux de carbone et identifier les espèces les mieux adaptées au déficit hydrique.

Carbofor et FAST scrutent les écosystèmes forestiers

Le projet Carbofor, mené par l’Inra jusqu’en 2004, a contribué à l’élaboration de modèles destinés à quantifier les impacts du changement climatique sur les grands écosystèmes forestiers (feuillus tempérés, pinède, forêt méditerranéenne...) à différentes échelles, depuis le niveau de l’écosystème forestier jusqu’à celui de l’ensemble du territoire. L’étude s’est notamment attachée à mesurer l’influence du climat sur le bilan et le stockage du carbone. Les résultats ont permis de calculer les potentiels de séquestration du CO2 par les écosystèmes forestiers, et de modéliser leur comportement, non seulement face à différents scénarios de changement climatique, mais aussi en réaction aux moyens mis en œuvre pour y faire face. Le projet FAST (Analyse et Spatialisation de scénario intégré de changement global sur la Forêt française), mené de 2009 à 2013, a contribué à affiner ces connaissances, notamment avec une résolution spatiale accrue (8x8 kilomètres). Toutes ces informations serviront à aménager les écosystèmes forestiers pour faciliter leur adaptation au changement climatique.

Sol. © fotolia

La recherche se plie en 4... pour 1000

Erosion, dessiccation, évapotranspiration... la dégradation des sols menace plus de 40 % des terres émergées et les dérèglements climatiques accélèrent ce processus de dégradation, mettant en péril la sécurité alimentaire. Une augmentation relative de 0,4 % par an des stocks de matière organique des sols suffirait à compenser une large part des émissions de GES de la planète. Appliquée à l’horizon de surface des sols (0-40 centimètres), elle suffirait à compenser l’augmentation actuelle du CO2 atmosphérique. Lancé en mars 2015 par le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, le programme international de recherche « 4 pour 1 000 » a pour objectif de réconcilier sécurité alimentaire et changement climatique. Cette initiative constitue la première contribution de l’agriculture au plan d’action Lima-Paris de la COP21. Elle repose non seulement sur la mobilisation internationale des chercheurs mais aussi sur une mobilisation des acteurs publics et privés et des états visant à éviter les pratiques telles que la déforestation, le retournement de prairies, le drainage de tourbières et de zones humides qui font perdre du carbone aux sols et à encourager le recours à des pratiques bénéfiques pour la restauration des sols et le stockage de carbone dans les sols et la biomasse.