. © Inra, william beaucardet

L'Inra, l'agriculture et le climat

Témoin du changement climatique : la phénologie

Le climat s'affole et entraîne des bouleversements dans le cycle de vie des espèces végétales. Quelles sont celles qui peuvent s'adapter, comment y parviennent-elles, peut-on les aider ? La phénologie apporte des réponses.

Mis à jour le 22/12/2015
Publié le 17/12/2015

Dis-moi comment tu dors...

La phénologie, c’est l’étude du rythme de vie des végétaux et des animaux. Si le terme ne vous est pas familier, vous connaissez en revanche ce cycle immuable qui se répète au fil des saisons. Pour les plantes, il y a d’abord la dormance, cette période où, pour se protéger du froid, la plante stoppe presque complètement son activité physiologique. Puis, au terme de cette période, un signal est donné, qui la rend sensible à la chaleur : la dormance est levée. La plante emmagasine alors la chaleur nécessaire à l’ouverture des bourgeons (débourrement et/ou floraison) puis à la production. Viennent ensuite la croissance de rameaux, le développement des fruits, leur maturation, et enfin le jaunissement et la chute des feuilles (sénescence). Les chercheurs de l’Inra se sont toujours intéressés au comportement des plantes au fil des saisons. Mais ils y portent désormais une attention extrêmement soutenue. Et pour cause, la phénologie est l’un des premiers indicateurs du changement climatique. Or on constate, depuis une trentaine d’années, des modifications dans le rythme saisonnier de certains végétaux. Et ce n’est pas sans conséquences. Une levée de dormance précoce, causée par un hiver trop doux, expose les bourgeons à un risque de gel accru. Un réveil tardif, et la plante risque un déficit en eau durant l’été. Comprendre aujourd’hui comment les végétaux réagissent au changement climatique est fondamental pour assurer leur survie dans les années à venir.

La génétique au secours des arbres fruitiers 

Le changement climatique est aujourd’hui si rapide que les arbres fruitiers n’ont même plus le temps de s’adapter aux nouvelles conditions météorologiques, ce qui menace leur survie future. En exploitant les observations gérées par l’unité Agroclim de l’Inra Paca, les généticiens de l’Inra d’Avignon, Bordeaux et Montpellier, s’efforcent donc d’identifier les gènes impliqués dans les différents stades de la phénologie. Avec un but précis : sélectionner les arbres les mieux adaptés au climat futur de leur région de production. Mais le graal des généticiens, c’est la création de l’arbre résilient, une variété dont la phénologie peut s’adapter à n’importe quelle perturbation climatique. Pour cela, il va falloir patienter encore quelques années.

Quand il reviendra, le temps des cerises

Observer la phénologie des arbres fruitiers, de la vigne et des espèces forestières dans plusieurs régions françaises, voilà un des objectifs de Perpheclim (Perennial fruit crops and forest phenology evolution facing to climatic change), un projet unique par son ampleur et par les moyens mis en oeuvre. Créé par l’Inra en 2012, dans le cadre du métaprogramme ACCAF (Adaptation au Changement Climatique de l’Agriculture et de la Forêt), ce projet a permis de mettre en place un réseau de vergers observatoires répartis sur six sites en France métropolitaine : Angers, Avignon, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Saint-Marcel-lès-Valence et Montpellier. Dans chacun d’entre d’eux, 15 pêchers, cerisiers, pommiers et abricotiers de cinq variétés différentes ont été plantés. Durant les 15 à 20 prochaines années, ces 300 précieux spécimens, sélectionnés pour leurs importantes variabilités phénologiques vont être étroitement surveillés (et bichonnés) par les équipes de l’Inra. À quel moment se produit la levée de la dormance ? Comment l’arbre réagit-il à un hiver rigoureux ou au contraire très doux ? Comment se comportent les bourgeons face aux gelées tardives ? Quel est l’impact d’un manque d’eau sur la floraison ? Ces observations viendront affiner les modèles mathématiques utilisés pour mesurer et prédire les impacts du changement climatique sur les espèces pérennes. Et bien entendu, ils contribueront à identifier les variétés les mieux à même de résister, dans une région donnée, aux chahuts causés par le changement climatique.