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Microbiote, la révolution intestinale

Les probiotiques, des bactéries qui nous veulent du bien

En 1908, le savant russe Ilya Metchnikov attribuait l’étonnante longévité des Bulgares aux yaourts qu’ils consommaient. Et au début du XXe siècle, les yaourts étaient vendus exclusivement en pharmacie ! L’idée que les bactéries de certains aliments contribuent à notre santé n’est donc pas neuve. Dans les années 60, cette idée a donné naissance au concept de « probiotiques », ces micro-organismes vivants qui nous veulent du bien. Au fil des ans, les probiotiques sont devenus de véritables arguments publicitaires pour un bon nombre de produits. Ceci, jusqu’à ce que l’Autorité européenne de sécurité des aliments décide de réguler plus strictement l’emploi du mot. Toutefois, au-delà de ces va-et-vient, de nombreuses études ont montré les bienfaits des bactéries lactiques : aide au transit intestinal, lutte contre l’intolérance au lactose, prévention des diarrhées du nouveau-né ou stimulation du système immunitaire. Ces bactéries ont un effet transitoire : elles ne font que passer et ne s’implantent pas comme les bactéries commensales du microbiote. Mais une nouvelle génération de probiotiques, cette fois issue du microbiote humain, est en train de voir le jour.

Mis à jour le 27/04/2017
Publié le 16/02/2017

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Médicaments probiotiques : la nouvelle frontière

Les travaux de recherche en métagénomique ont mis en lumière un fait insoupçonné : il existe de profondes différences dans le microbiote intestinal des personnes saines et des personnes atteintes de maladies telles que l’obésité, le diabète ou même la dépression. Ces travaux ont permis d’identifier les vertus protectrices de certaines bactéries commensales qui, à présent, donnent naissance à une nouvelle génération de probiotiques conçus, non pas pour préserver la santé des consommateurs, mais pour guérir des malades. Parmi les maladies qui pourraient être traitées par des bactéries, citons les rectocolites hémorragiques ou la maladie de Crohn. Mais attention : ces bactéries médicaments d’un nouveau genre doivent prouver leur efficacité et passer par des tests tout aussi rigoureux que ceux des molécules pharmaceutiques avant d’arriver sur le marché.

 

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Les yaourts et votre santé

Deux équipes de l’Inra et de Danone Nutricia Research ont démontré les bienfaits des produits laitiers fermentés tels que les yaourts sur la santé de patients atteints du syndrome de l’intestin irritable. La consommation de ces produits qui contiennent des probiotiques conduit à une augmentation des populations de certaines bactéries qui synthétisent du butyrate, acide gras connu pour son effet bénéfique sur la santé de l’intestin. De plus, les chercheurs ont observé, chez les patients, une diminution de la bactérie Bilophila wadsworthia, suspectée d’être impliquée dans le développement de pathologies intestinales. Ces deux effets combinés conduisent à une amélioration de l’état de santé des patients. De quoi se ruer vers le rayon des produits laitiers fermentés !

 

Une bactérie pour attaquer l’inflammation

Bactéries Faecalibacterium prausnitzii. © CNAM, Nadia Vasquez
Bactéries Faecalibacterium prausnitzii © CNAM, Nadia Vasquez

Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), telles que la maladie de Crohn ou les rectocolites se caractérisent par une inflammation de la paroi de l’intestin. Il n’existe à présent aucun traitement curatif contre ces affections qui touchent des milliers de personnes. Cependant, un nouvel espoir est apparu dans les laboratoires de l’Inra. Son nom est Faecalibacterium prausnitzii, une de nos bactéries commensales. Tout a commencé lorsqu’en 2008, des chercheurs ont remarqué que cette bactérie était présente chez les patients atteints de maladie de Crohn en rémission, mais absente chez les patients en rechute. Ils ont alors conduit des expériences sur des souris modèles de cette pathologie. Les résultats ont été spectaculaires : les souris auxquelles on administrait la bactérie étaient protégées contre la colite induite. Des tests cliniques sont en cours afin de développer une thérapie basée sur F. prausnitzii. Par ailleurs, les chercheurs s’intéressent à une protéine anti-inflammatoire produite par la bactérie, et qui, à son tour, pourrait constituer un nouveau médicament contre ces maladies.

BACTÉRIES GUÉRISSEUSES À L’ADN MODIFIÉ

Et si l’on transformait des bactéries en livreuses de médicaments ? C’est l’idée que développe une équipe de l’Inra afin de lutter contre la maladie de Crohn. L’idée est simple : prendre des bactéries lactiques et intégrer à leur ADN un gène pour produire une protéine d’intérêt pour la santé. Ces bactéries peuvent alors la délivrer au cours de leur transit dans le tractus gastro-intestinal. Les premiers tests sont très prometteurs : grâce à ces bactéries améliorées, les chercheurs sont parvenus à guérir des souris modèles de la maladie de Crohn.

PROBIOTIQUES ET PRÉBIOTIQUES : ATTENTION À LA CONFUSION

S’il faut bien tendre l’oreille pour distinguer les deux mots, ils ne désignent pas du tout la même chose. Les probiotiques sont des bactéries qui, ingérées vivantes, ont un effet bénéfique sur notre santé. Quant aux prébiotiques, ce sont des oligosaccharides qui servent d’aliment aux bactéries du microbiote. Or, chaque bactérie a ses propres goûts et besoins. Grâce aux prébiotiques, on peut nourrir de préférence les bactéries amies et favoriser ainsi préférentiellement leur croissance pour obtenir certains avantages comme une augmentation de l’absorption de minéraux ou une meilleure réponse immunitaire.

PROBIOTIQUES ET MAMMITES BOVINES : UNE PISTE À SUIVRE

Les mammites sont un tourment pour les ruminants et pour leurs propriétaires. Ces inflammations de la glande mammaire sont dues à des pathogènes comme le staphylocoque doré. Elles représentent des coûts de traitement élevés et d’importantes pertes de lait pour la filière bovine. À l’heure actuelle, aucun vaccin performant n’est disponible. En cas d’infection, les éleveurs doivent employer des antibiotiques, qui ne sont pas toujours une garantie de guérison. Une équipe de l’Inra tente de développer des probiotiques à partir de bactéries lactiques présentes dans le microbiote du trayon (l’extrémité du pis) de la vache. Les résultats préliminaires sont encourageants : des expériences in vitro ont montré que l’une de ces bactéries, Lactobacillus casei, réduit la capacité du staphylocoque à adhérer aux cellules épithéliales mammaires. Mieux encore : en présence du lactobacille, le pathogène est moins apte à entrer dans les cellules. Or, cette internalisation permet au staphylocoque d’échapper au système immunitaire de l’animal, contribuant ainsi à la persistance des mammites. Prochaine étape : vérifier l’efficacité de Lactobacillus casei chez des vaches laitières.