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Microbiote, la révolution intestinale

Pathologies et microbiote (2)

  

Mis à jour le 24/03/2017
Publié le 16/02/2017

Complications dues à l’alcool : nous ne sommes pas tous égaux

Matériel de laboratoire, verrerie.. © Inra, SLAGMULDER Christian
© Inra, SLAGMULDER Christian

À consommation d’alcool équivalente en quantité et en durée, seuls certains grands buveurs vont développer une maladie du foie. Cette « injustice » pourrait être expliquée par le fait que chacun d’entre nous possède un microbiote spécifique et que celui-ci jouerait un rôle prédominant dans le déclenchement des cirrhoses. Des scientifiques de l’Inra associés à l’Université Paris-Sud, l’AP-HP et Aix-Marseille Université ont voulu en avoir le coeur net. Leurs recherches ont tout d’abord confirmé que le microbiote des patients ayant une hépatite alcoolique est différent de celui des buveurs n’ayant pas de maladie du foie. Ensuite, des souris « humanisées » ont reçu le microbiote de personnes alcooliques développant une hépatite et d’autres, un microbiote d’alcooliques sans maladie du foie. Les souris ont ensuite été « alcoolisées ». Le premier groupe a rapidement développé une inflammation du foie et des tissus adipeux. Ces travaux ont montré qu’il était possible de soulager les lésions du foie de souris malades en transférant le microbiote de souris alcooliques ne développant pas de maladie hépatique. Il est donc clair que la susceptibilité hépatique de l’alcool dépend grandement du microbiote. Dès lors, il est tout à fait envisageable de dépister les personnes susceptibles d’être sensibles à la toxicité de l’alcool et même de traiter les malades développant des lésions hépatiques en modifiant leur microbiote par l’alimentation, par l’absorption de probiotiques ou par transfert de microbiote fécal.

CANCER : RÉDUIRE LES EFFETS SECONDAIRES DES IMMUNOTHÉRAPIES GRÂCE AU MICROBIOTE INTESTINAL

L’immunothérapie (stimulation des défenses immunitaires d’un patient) se révèle aujourd’hui particulièrement efficace en cancérologie. Les tumeurs sont réduites, la durée de vie des patients est considérablement allongée et certains cancers métastatiques auparavant incurables sont aujourd’hui guéris. Mais la face cachée de cette « révolution thérapeutique » reste les effets secondaires chez plus de 20 % des patients traités. Ces effets sont souvent caractérisés par de sévères colites inflammatoires. Afin de mieux comprendre le rôle du microbiote dans l’immunothérapie et la survenue de ces colites, des travaux de recherche ont été effectués par l’Inra en association avec l’Institut Gustave Roussy, l’AP-HP et l’Institut Pasteur. Les résultats sont riches d’enseignements. Tout d’abord, les scientifiques ont révélé que lorsque deux bactéries parfaitement identifiées sont absentes du microbiote intestinal, le médicament n’est plus efficace contre la tumeur. Mais dès que l’on restaure chez la souris la présence de ces deux bactéries au sein du microbiote, l’effet anticorps réapparaît. Mieux, ces bactéries provoquant des réactions immunitaires (immunogènes) agissent comme des traitements adjuvants en cancérologie (« oncobiotiques »). Chez l’homme, le microbiote dicterait en quelque sorte la réponse thérapeutique et l’efficacité de l’anticancéreux, tout comme le risque de survenue d’effets secondaires pourrait être prédéterminé pour chaque patient avant la mise en place du traitement. Dans un avenir proche, des patients avec un microbiote peu favorable pourraient ainsi se voir proposer une composition bactérienne compensatrice grâce à des prébiotiques, ou des bactéries immunogènes ou encore par l’intermédiaire d’une transplantation fécale. Ainsi, le patient pourrait reconstituer un microbiote propice à stimuler l’effet antitumoral de l’immunothérapie et/ou le protégeant des effets néfastes de ces traitements.

CHIMIOTHÉRAPIE : LES BACTÉRIES À LA RESCOUSSE

Robot de la plateforme de clonage-phénotypage haut débit (MICALIS-Métagénopolis).. © Inra, BERTRAND Nicolas
Robot de la plateforme de clonage-phénotypage haut débit (MICALIS-Métagénopolis). © Inra, BERTRAND Nicolas
Et si le microbiote intestinal stimulait les réponses immunitaires d’une personne afin de combattre un cancer lors d’une chimiothérapie ? C’est ce qu’a révélé l’Inra en collaboration avec l’Institut Gustave Roussy, l’Inserm et l’Institut Pasteur. La cyclophosphamide est l’un des médicaments les plus utilisés en chimiothérapie. Ses effets secondaires ? Il perturbe l’équilibre du microbiote et certaines bactéries vont dès lors passer la barrière intestinale pour se retrouver dans le sang et les ganglions lymphatiques. Pour le corps, ces bactéries qui arrivent dans le plasma sanguin sont considérées comme néfastes et sa réaction est immédiate. L’organisme déclenche une réaction immunitaire. Paradoxalement, cette réaction en chaîne va s’avérer très utile. La réponse immunitaire du corps dirigée contre ces bactéries va aider le patient à lutter encore mieux contre sa tumeur en stimulant d’autres défenses immunitaires. Ainsi, de nouveaux lymphocytes (qui détruisent les cellules reconnues comme étrangères) vont venir en aide à ceux mobilisés par la chimiothérapie. Une dualité parfaitement bénéfique pour le patient.

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MICROBIOTE DU POULET : DES SALMONELLES EN VOIE DE DISPARITION ?

La salmonelle. Pour le grand public, ce terme demeure associé à des gastroentérites, voire des toxi-infections graves. Pourtant, depuis quelques années, les contaminations humaines, au niveau européen, ont diminué de moitié. Ceci grâce à des études épidémiologiques qui ont montré que pour diminuer la contamination de l’homme, il fallait diminuer la contamination des animaux de ferme et en particulier des volailles. Les travaux de recherche se concentrent sur les deux sérotypes les plus retrouvés chez l’homme : Salmonella enteritidis et Salmonella typhimurium. Les chercheurs de l’Inra ont mis en évidence certains gènes favorisant la résistance des volailles à ces bactéries. D’autres équipes s’attèlent à révéler le rôle prédominant du microbiote intestinal dans la résistance aux salmonelles. Ces dernières se transmettant par l’intermédiaire des fientes des volailles, il s’agit donc pour les scientifiques, d’une part, d’identifier les bactéries qui déterminent à l’intérieur du microbiote le statut de fort ou faible excréteur de salmonelles ; et d’autre part, grâce au séquençage génomique, d’identifier les bactéries du microbiote capables de prévenir l’implantation des salmonelles chez les volailles, car quand un animal est infecté, il est déjà trop tard.