La plateforme avicole AlterAvi du Magneraud explore depuis 2009 les performances zootechniques, environnementales et sanitaires de systèmes d’élevage biologiques.. © Inra, MAITRE Christophe

Volailles : les chercheurs veillent au grain

Comme un coq en pâte

   

Publié le 12/04/2015
Mots-clés : VOLAILLE

Le bien-être animal : un droit fondamental

Il fut un temps où l’on voyait les animaux comme des machines biologiques. Tant qu’il fonctionne, pas la peine de s’inquiéter pour un organisme qui finalement n’est qu’une série de réflexes bien conditionnés. Cette vision est aujourd’hui dépassée et le bien-être animal est devenu un vrai sujet de préoccupation. Les images dérangeantes de poules pondeuses en cage n’ayant même pas la place d’étirer leurs ailes sont actuellement derrière nous, en tout cas en Europe. Dans chaque consommateur se cache un citoyen qui veille et qui n’est pas prêt à accepter toute pratique agro-industrielle. De leur côté, les autorités ont mis en place une législation qui garantit des conditions acceptables de vie aux animaux d’élevage. D’ailleurs, le bien-être animal est l’un des enjeux pour le développement durable de la filière avicole. Dans cette évolution, la recherche scientifique est à la pointe. Elle s’attache à évaluer le bien-être de l’animal, ses émotions et ses besoins. Le tout, en évitant l’anthropomorphisme, car ce qui est désirable pour nous, ne l’est pas forcément pour un dindon !

La recherche européenne se mobilise

Shutterstock. © Shutterstock
© Shutterstock
Le citoyen demande légitimement des élevages où le bien-être des animaux soit respecté. Seulement, cette exigence n’est pas facile à mettre en place. En effet, qu’est-ce que le bien-être animal au juste ? Comment le mesurer ? Comment peut-il se traduire en réglementations claires ? Pour répondre à ces questions, la recherche européenne s’est mobilisée dans le cadre d’un grand projet de recherche baptisé Welfare Quality. Entre 2004 et 2009, 44 instituts de recherche de 13 pays européens ont développé de nouvelles méthodes pour améliorer et mieux évaluer les conditions de vie des animaux. Autre objectif : sensibiliser les politiques afin de mettre en accord législation, demandes citoyennes et exigences de production. Les chercheurs de l’Inra se sont bien sûr engagés dans cet effort. Ils ont notamment participé au développement d’une grille d’évaluation, à partir d’une cinquantaine de mesures sur l’alimentation, le logement, la santé et le comportement, qui permet d’évaluer le bien-être des animaux dans une ferme donnée.

Cailleteaux. © Inra, C. Leterrier

À l’école des cailles

Les oiseaux ne sont pas si différents de nous malgré leur petit cerveau. Des recherches sur la façon dont le stress et la stimulation modulent les capacités d’apprentissage des cailles montrent des résultats tout à fait comparables à ce qui se passe chez un humain ! Afin de mesurer leurs aptitudes et leurs stratégies de mémorisation, les chercheurs de l’Inra ont placé des cailles dans une arène contenant plusieurs pots. L’un des pots contient de la nourriture, un ver de farine. Pour le retrouver rapidement, les cailles doivent prendre des repères et les mémoriser. Quelles sont les cailles les plus performantes ? Ce ne sont pas les cailles qui sont élevées dans un environnement pauvre. En revanche, celles qui jouissent d’un environnement plus stimulant qui les maintient alertes, s’avèrent très douées pour retrouver le bon pot. Mais si les stimulations se multiplient et se transforment en stress, alors leur capacité décroît notablement. Les cailles stressées utilisent d’ailleurs des stratégies d’apprentissage moins élaborées. Ces travaux tentent également de mieux connaître les structures et fonctions du cerveau des oiseaux et de mettre en relation leur comportement avec des aspects neurobiologiques. Ceci, afin de comparer le cerveau aviaire au cerveau mammifère, et trouver les points de correspondance et de divergence.

Casaniers ou explorateurs

Casaniers ou explorateurs. © Inra, C. Maître
© Inra, C. Maître
Ah, la belle vie à la campagne, l’air pur, les vertes prairies, le contact avec dame Nature ! Ce qui semble un idéal de vie pour un humain l’est-il aussi pour un poulet ? Rêvent-ils eux aussi de disposer de grands espaces extérieurs pour courir, ou est-ce là une projection anthropomorphique ? La réponse est : ça dépend du poulet ! Les chercheurs de l’Inra ont identifié deux profils de poulets. Il y a le poulet casanier qui préfère rester dans le bâtiment et ne trouve aucune bonne raison pour sortir. Dehors, il peut y avoir du vent, faire trop chaud ou trop froid, et surtout, il y a toutes sortes de dangers, qui peuvent être réels (buses, corneilles) ou imaginaires (un avion qui passe, un nuage, un bruit de tracteur). En revanche, à l’intérieur il fait bon, on est en bonne compagnie et c’est là que la nourriture est servie. À quoi bon s’exposer ! Il y a aussi le poulet explorateur qui, lui, ne tient pas en place. Tant de choses curieuses à découvrir hors des murs du bâtiment ! Et puis on y trouve des tas de petites douceurs à se mettre sous le bec et qui changent de l’ordinaire : un ver de terre, un escargot, des herbes et des feuilles. On aurait tort de s’en priver ! En chiffres, un poulet explorateur passe 40 % plus de temps à l’extérieur qu’un casanier. D’après les chercheurs, il semble exister un déterminisme génétique expliquant cette variabilité.

Des poulets qui se soignent tout seuls

  

Il n’y a pas que des avantages à la vie en plein air. C’est dans les parcours en extérieur que les poulets sont susceptibles d’attraper des parasites. Ceux-ci sont présents dans les fientes ou infestent les escargots et les limaces dont les poulets raffolent. Ces parasites, souvent des vers intestinaux tels qu’ascaris ou hétérakis, n’augmentent pas sensiblement la mortalité dans les élevages. En revanche, ils peuvent diminuer les performances des poulets ou augmenter leur sensibilité à d’autres infections. Pour contrer ce problème, les chercheurs de l’Inra testent une idée originale : doter les parcours de plantes reconnues pour leurs vertus antiparasitaires. Est-ce que les poulets pourraient ainsi se débarrasser tout seuls de leurs parasites ? Pour tester cette idée, les chercheurs ont placé sur les parcours des poulets de petits carrés potagers semés de fenugrec, tanaisie, thym et ail. Premier résultat obtenu : les poulets ont des préférences bien marquées. Le fenugrec n’a pas fait long feu tandis que l’ail et la tanaisie ont été picorés de façon variable. Le thym, lui, a été totalement ignoré. Quant à l’efficacité de cette médecine naturelle, les chercheurs manquent encore de résultats qui devraient tomber au fil des prochaines expériences.