La plateforme avicole AlterAvi du Magneraud explore depuis 2009 les performances zootechniques, environnementales et sanitaires de systèmes d’élevage biologiques.. © Inra, MAITRE Christophe

Volailles : les chercheurs veillent au grain

Le poulailler durable 

   

Publié le 12/04/2015
Mots-clés : VOLAILLE

Une filière qui dure

Le développement durable d’une filière doit répondre aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs, nécessitant la prise en compte conjointe des aspects économiques, sociétaux et environnementaux. La durabilité des élevages avicoles est un objectif qui fédère l’ensemble de la recherche menée à l’Inra. Le volet économique regroupe des préoccupations relatives à la performance et à la compétitivité de la filière, à sa dépendance vis-à-vis de ressources importées. Le volet environnemental s’intéresse notamment à la baisse des rejets et des émissions de gaz à effet de serre, aux économies en eau et en ressources non renouvelables, ou encore, à l’intégration paysagère des élevages. Enfin, le volet social aborde des questions comme le bien-être animal, la qualité des produits et leur acceptabilité par le consommateur, mais aussi l’emploi et la qualité du travail. Une réflexion sur ce thème ainsi qu’une évaluation de la filière avicole européenne ont été menées dans le cadre de collaborations entre l’Inra et l’Institut technique de l’aviculture. À présent, dans le but d’approfondir la réflexion, les chercheurs construisent un modèle appelé Ovali pour Outil d’évaluation multicritère pour concevoir des systèmes de production avicole innovants. Celui-ci permet de mesurer, sur des critères objectifs, la durabilité des élevages et d’identifier les marges de progrès des différents modes de production.

Un foie gras engraissé sans gavage, est-ce possible ?

Oie de Toulouse. © BOSSENNEC Jean-Marie
Oie de Toulouse. © BOSSENNEC Jean-Marie
La pratique du gavage a beau être de mieux en mieux maîtrisée, elle continue de faire polémique, comme le montre l’interdiction du foie gras français décrétée par l’État de Californie en 2012. Est-il possible de trouver une alternative à cette pratique comme le suggère une recommandation européenne ? Pour répondre à cette question, les chercheurs de l’Inra ont tenté de produire chez des oies, une stéatose hépatique, c’est-à-dire une augmentation du poids du foie par accumulation de lipides, sans leur faire ingérer de force l’aliment. Comment ? En profitant de leur instinct sauvage ! Les oies et les canards migrateurs, avant de prendre leur envol, deviennent naturellement boulimiques et stockent des réserves dans leur foie sous forme de lipides. Il est possible de reproduire ce phénomène en élevage en alternant une phase de restriction alimentaire avec une distribution de maïs à volonté conjuguée avec des températures relativement basses et un éclairage qui mime celui de la fin de l’automne. Les oies mangent alors frénétiquement et leur foie grossit. Résultat : un foie engraissé obtenu sans gavage. Cette méthode n’est pas encore à même de remplacer le gavage traditionnel. En effet, elle requiert plus de temps et plus d’aliments pour n’obtenir que des foies gras de moindre poids. De plus, la variabilité entre individus est trop grande pour l’industrie. Les chercheurs tentent d’améliorer ce système, mais par ailleurs, ces nouvelles données pourraient aussi permettre d’améliorer la préparation des animaux au gavage.

Le poulet de chair label : une filière faiblement utilisatrice d’antibiotiques 

La filière poulet de chair label utilise peu d’antibiotiques pour soigner ses animaux. Et cette filière de qualité représente 40 % de la consommation de poulets prêts à cuire, des ménages français. Dans un contexte où la réduction de l’usage des antibiotiques en élevage constitue un enjeu majeur, ce poulet de chair label est donc un modèle intéressant pour étudier différentes formes d’organisation des filières en lien avec un faible usage en intrants médicamenteux. Quels sont les déterminants techniques, économiques et sociaux des usages de médicaments vétérinaires ? Quelles sont les spécificités organisationnelles de la gestion sanitaire au sein de cette filière de qualité ? Les chercheurs s’attèlent à trouver des réponses pour raisonner et maîtriser l’utilisation des antibiotiques en élevage.

Sortir ou ne pas sortir, telle est la question

Fotolia. © Fotolia
© Fotolia
Grâce à la plateforme Inra AlterAvi, les chercheurs savent maintenant quels éléments doivent être présents sur les parcours pour que les poulets daignent sortir. L’essentiel, c’est la présence d’arbres qui protègent du vent, de la pluie et du soleil. Les arbres sont des abris naturels contre les prédateurs ailés comme les buses ou les corneilles. La précaution n’est pas superflue : dans les élevages d’AlterAvi, l’essentiel des 2 % de mortalité observée est à mettre sur le compte de ces oiseaux, fins amateurs de poulet label. Lorsqu’un parcours sans arbre leur est proposé, les poulets sortent peu, et s’ils le font, ils restent tout près de la trappe afin de pouvoir s’abriter rapidement en cas d’alerte. Problème : si vous concentrez tous les poulets à l’entrée du bâtiment, ils pataugent bien vite dans leurs propres déjections, conduisant à une augmentation du risque de parasitisme et de maladies. En revanche, un parcours équilibré et arboré permet aux poulets de s’éparpiller et d’explorer l’ensemble de l’espace. Les résultats en termes de productivité d’un parcours bien conçu sont nets : un poids plus élevé et une amélioration significative de l’indice de consommation.

Un poulet sachant chasser

Tant de bonnes choses à grignoter à l’extérieur, lorsqu’on est un poulet label ! Un ver de terre par-ci, un escargot croustillant par-là, des insectes, des plantes... Un petit complément en protéines n’est jamais malvenu ! Pourrait-on, grâce aux ressources qu’un poulet trouve sur les parcours, diminuer le taux de protéines de son aliment ? Pour tester l’hypothèse, les chercheurs de l’Inra ont diminué de 2 % le taux de protéines du régime des poulets. Une diminution bien modeste, pourrait-on penser à tort. Il s’agit d’une très grande différence : les poulets, animaux très optimisés lors de la sélection, ont des besoins alimentaires très stricts. Les chercheurs ont ensuite observé leur activité sur les parcours et mesuré le poids des animaux au moment de l’abattage. Résultat : le régime n’affecte en rien leurs performances de croissance et la qualité de leur viande. Par ailleurs, ces poulets sortent plus souvent à l’extérieur, sans doute à la recherche des protéines manquantes.

Alors, le poulet « durable », c’est quoi ?

Un poulet qui répond aux attentes du consommateur sans froisser les convictions du citoyen : un poulet qui préserve son environnement et s’intègre dans son terroir, valorisant des matières premières agricoles produites de manière raisonnée dans sa région et enfin qui assure un revenu correct et un travail de qualité à tous les acteurs de la chaîne de production, de l’éleveur au commerce de détail. L’équation peut paraître complexe, mais regardez bien, les éléments sont déjà là devant vous !

Labels : la french touch de la volaille

Les volailles sous signe de qualité connaissent un succès remarquable en France : les trois quarts des poulets vendus entiers proviennent de l’un de ces modes de production alternatifs, au cahier des charges strict et bien fourni. Le Label Rouge tient le haut du tableau et le Bio se développe. Il existe aussi des produits de « luxe » comme le poulet de Bresse AOC. Quant à la production d’œufs, les labels jouent coude-à-coude avec la production standard : 37 % des œufs vendus proviennent de ces signes de qualité, ce qui, en valeur, représente 52 % de la consommation. Points communs des poulets sous signe de qualité pour la production de viande : les poulets sont élevés en plein air et appartiennent à des races à croissance lente. L’âge minimal d’abattage est de 81 jours (112 jours pour le poulet de Bresse), contre seulement 35 jours dans les conditions standard. Ceci garantit au consommateur une chair plus savoureuse et ferme. Ils se différencient entre eux par leur mode de production (race, âge, conduite d’élevage), leur alimentation (issue de l’agriculture conventionnelle ou biologique) ou par leur aire de production restreinte dans le cas de l’AOC poulet de Bresse. 

Un point de discussion néanmoins : l’empreinte environnementale de ces élevages est supérieure à celle des poulets standards si elle est calculée au kilo de viande produite, en revanche l’impact local est en général moindre car ces élevages sont de taille plus réduite.

BIRD : en synergie avec l’ITAVI

  

Créée en 2006, l’unité mixte technologique (UMT) BIRD pour Biologie et innovation pour la recherche et le développement en aviculture, associe des personnels de l’Inra et de l’Institut technique de l’aviculture (Itavi) afin de mutualiser des moyens et des savoir-faire autour des questions liées à la durabilité des systèmes d’élevage de volailles.

AlterAvi : améliorer l’élevage en plein air

  

6 000 poulets bio, 8 bâtiments avec des parcours arborés ou en prairie : voilà l’infrastructure Inra AlterAvi, inaugurée en 2009 dans le but d’améliorer la durabilité des élevages et notamment le bien-être des animaux, de limiter le parasitisme et d’augmenter les rendements de la production. Un millier d’animaux peuvent être équipés de puces RFID qui, toutes les dix secondes émettent un signal capté par des antennes placées autour du parcours. Ainsi, les chercheurs peuvent suivre chaque poulet à la trace et mieux comprendre ses habitudes et ses préférences. La plateforme permet de mesurer de nombreux paramètres : les performances des animaux, la qualité de leur chair, leur taux d’infestation par des parasites, l’impact environnemental... Ainsi, à chaque paramètre modifié, les chercheurs peuvent en évaluer l’impact dans l’ensemble de l’élevage.