Forêt de Bailly (Yvelines). © William Beaucardet

Imaginer les forêts de demain

QUELLES FORÊTS POUR LE FUTUR ? - Adapter sa forêt est-il économiquement réaliste ?

       

Mis à jour le 23/06/2016
Publié le 23/06/2016

Adapter la sylviculture : serait-il urgent d’attendre ?

Les choix de plantation engagent les forestiers sur des dizaines d’années et les décisions sont souvent irréversibles. A ce titre, la moindre erreur peut se révéler dramatique d’un point de vue économique. Or, avec les incertitudes liées au changement climatique, les forestiers sont confrontés à des choix délicats. La Montagne Noire française (dans le Tarn) constitue un bon exemple car, depuis quelques années, l’épicéa y montre d’inquiétants signes de dépérissement. Mais que faire ? Le remplacer par une essence moins sensible au stress hydrique comme le Douglas peut être envisagé. Mais se pose alors la question du timing : quand substituer l’essence ? Dès la prochaine plantation ? À la suivante ? Le forestier ne devrait-il pas attendre d’avoir davantage d’informations pour se décider ? Ces différentes options sont associées à des coûts et des bénéfices bien différents pour le forestier. Pour aider les gestionnaires à prendre la bonne décision, l’Inra développe des outils de calcul économique qui tiennent compte des incertitudes liées aux impacts du changement climatique. En effet, à l’heure actuelle, ils sont encore largement incertains, au moins localement. Dans la Montagne Noire, par exemple, une étude de l’Inra montre ainsi qu’il peut être pertinent d’un point de vue économique de remplacer immédiatement l’épicéa par le Douglas si le changement climatique génère d’importantes mortalités au sein de la population d’épicéa. Sinon, il vaut mieux attendre... quelques années, voire plus, afin de minimiser les coûts de l’adaptation pour le forestier.

L’union fait l’AFORCE

Renforcer les relations entre organismes de recherche et de gestion, voilà l’enjeu du Réseau mixte technologique (RMT) AFORCE, mis en place en 2008. Rassemblant 16 partenaires du milieu forestier - organismes de recherche, de développement, de gestion, d’enseignement et de formation- il a pour objectif d’accompagner les forestiers dans la préparation des forêts au changement climatique. C’est d’ailleurs sous leur impulsion qu’a été créé le réseau AFORCE, les gestionnaires manquant de recommandations précises pour adapter leur activité face à un futur incertain. Le réseau s’organise autour de 5 thèmes de travail et s’efforce de répondre à trois problématiques principales soulevées par les forestiers : la forêt peut-elle continuer à produire de la même manière ? Sa survie est-elle en jeu ? Pourra-t-elle encore atténuer les émissions de gaz à effet de serre si elle est elle-même affectée par le climat ? Déjà, les acquis de projets de recherche font l’objet d’applications sur le terrain et des outils d’aide à la décision commencent à être proposés aux forestiers, pour les aider notamment à prévoir l’évolution du climat et ses conséquences pour leur forêt.