Forêt de Bailly (Yvelines). © William Beaucardet

Imaginer les forêts de demain

LES RISQUES POUR LA FORÊT - Tempêtes et feux : des aléas extrêmes

Les incendies et les tempêtes : voici deux des grandes menaces qui pèsent sur la forêt. Si on considère toutes les pertes de bois survenues depuis 1950 en Europe, les vents violents sont responsables de 51 % d’entre elles, contre 16 % pour les flammes. Les chercheurs de l’Inra tentent de mieux comprendre ces aléas afin de limiter les pertes. Une meilleure gestion, des pratiques sylvicoles adaptées ou encore la prise en compte des aspects phytosanitaires réduiront non seulement la facture pour les propriétaires mais aussi les conséquences pour les écosystèmes forestiers.

Mis à jour le 24/06/2016
Publié le 23/06/2016

Dégâts sur le long terme

Pour le citoyen lambda, une fois la tempête passée, la vie peut redevenir normale assez vite, il suffit que les routes soient déblayées et les réseaux électriques et téléphoniques réparés. C’est tout le contraire pour les exploitants de la forêt, au lendemain de la tempête, les travaux sont faramineux et dangereux. Il faut récolter les dizaines de milliers de troncs aussi vite que possible sous peine de les voir pourrir et que les arbres restés debout soient dégradés par des insectes et des champignons. Il faut ensuite stocker pour conserver ce bois récolté pour un temps long. Pas question en effet de brader du bon bois en saturant le marché. Or, grave dilemme pour la filière sur lequel planchent les chercheurs de l’Inra : les moyens investis pour récupérer une partie du bois à terre sont autant de moyens non consacrés à une bonne gestion des forêts qui ont tenu le coup.

Peut-on se prémunir des dégâts de tempêtes ?

Dégâts dus à la tempête "Klaus" du 24 janvier2009 sur la foret de pins des Landes.. © © INRA, BERNIER Frederic
Dégâts dus à la tempête "Klaus" du 24 janvier2009 sur la foret de pins des Landes. © © INRA, BERNIER Frederic
Dès qu’un arbre atteint 10 ou 12 mètres de hauteur, il subit la contrainte du vent. Il est donc susceptible d’être renversé ou cassé. Certes, mais si on ne peut pas arrêter une tempête, on peut en limiter les dégâts. La première recommandation des scientifiques : favoriser les essences les mieux adaptées au climat et au type de sol. Autre conseil : opérer des coupes et des éclaircies quand les arbres ont une croissance dynamique de façon à ce qu’ils soient plus robustes, plus trapus. Enfin, il ne faut pas laisser vieillir la forêt sans la récolter, car alors, c’est laisser le soin à la tempête de détruire le bois. En d’autres termes : des forêts d’âges variés, en bonne santé et pas trop hautes ont plus de chances de s’en tirer à bon compte en cas de coup dur.

Acclimater les arbres au gros temps

Les arbres sont en interaction permanente avec leur environnement et adaptent leur croissance aux différentes contraintes environnementales qu’ils subissent. Des chercheurs de l’Inra ont voulu savoir quelle était la réaction des hêtres face au vent dans un peuplement forestier. Pour imiter l’effet du vent, ils les ont fléchis à l’aide de treuils et de cordes plusieurs fois au cours d’une année. Les résultats sont très nets : les arbres ayant reçu les plus fortes flexions épaississent leur tronc. Leur croissance en circonférence, au cours d’une année, a atteint jusqu’à 150 % de plus que celle de leurs congénères épargnés. Ces résultats donnent un sens nouveau à certaines pratiques sylvicoles. En effet, les éclaircies permettent au vent de mieux pénétrer sous la canopée, conduisant les arbres à renforcer leur tronc en augmentant leur diamètre, et donc, à mieux se préparer pour résister aux tempêtes.

Des tempêtes virtuelles

Arbre poussant à flanc de montagne dans les Alpes. Sous l'effet des contraintes extrèmes du milieu montangnard (vent, neige, pente) les arbres adoptent des ports torturés.. © Inra, COCHARD Hervé
Arbre poussant à flanc de montagne dans les Alpes. Sous l'effet des contraintes extrèmes du milieu montangnard (vent, neige, pente) les arbres adoptent des ports torturés. © Inra, COCHARD Hervé
Des chercheurs de l’Inra ont développé un modèle numérique qui simule l’interaction entre le vent et les arbres à l’échelle d’une forêt. Ceci, en fonction de la flexibilité et du point de rupture des arbres, mais aussi des modifications locales de la force du vent lorsque les arbres commencent à tomber. Ils ont ainsi montré que les dégâts se propagent en deux temps. Tout d’abord, les rafales descendantes brisent certains arbres, créant des trouées. Lorsque ces dernières atteignent une certaine taille, le vent s’accélère dans celles-ci et casse les arbres en bordure. Les dégâts augmentent alors dramatiquement et des « couloirs de vent » peuvent se former. Ces résultats montrent que la durée de la tempête, le mouvement des arbres, la turbulence du vent et son caractère aléatoire, sont à prendre en compte dans la prédiction des dégâts.

Fire Paradox. © Inra, Eric Rigolot

Combattre le feu par le feu

Les brûlages dirigés d’hiver ou les contre-feux sont des moyens de prévenir et de combattre les incendies en réduisant la biomasse disponible. Entre 2006 et 2010, le projet européen Fire Paradox a permis de sensibiliser les autorités à ces méthodes efficaces, qui sont aujourd’hui utilisées dans tout le grand sud de la France. Nouvelle étape : les recherches de l’Inra contribuent à réhabiliter l’utilisation traditionnelle du feu par les bergers, notamment dans les Pyrénées.

Du feu dans les puces

Depuis une quinzaine d’années à l’Inra, les chercheurs développent et utilisent un simulateur du comportement du feu, en collaboration avec le Los Alamos National Laboratory. Appelé FIRETEC, cet outil permet de modéliser en 3D l’interaction entre le feu, le vent, le relief et la végétation. Parmi les points forts de ce modèle : la végétation y est intégrée avec une résolution spatiale de 2 mètres. Ainsi, les scientifiques étudient la propagation des flammes dans des zones très hétérogènes. Ils peuvent notamment évaluer l’impact de modifications naturelles ou artificielles de cette végétation : éclaircies, débroussaillement, attaques de scolytes ou sécheresses prolongées. Grâce à FIRETEC, les chercheurs ont pu, parmi d’autres projets, vérifier l’efficacité des brûlages dirigés, effectuer des recommandations sur les ouvrages de prévention pour la sécurité des pompiers, ou bien encore, tester les normes de débroussaillement appliquées dans les habitations des zones à risque.

Galeries et larves de scolytes vecteurs de la graphiose de l'orme.. © Inra, PINON Jean

Scolytes et incendies : alliés de circonstance

Les scolytes, ces petits coléoptères qui s’attaquent aux conifères, peuvent aggraver la vulnérabilité des forêts face aux incendies. C’est le résultat de travaux menés par une équipe franco-américaine grâce au modèle FIRETEC. Lorsque les pins infestés de scolytes meurent, leurs aiguilles roussissent et leurs branches se dessèchent. C’est là que le risque est maximum : ce combustible sec présent dans le haut de la canopée favorise les feux de cime, de loin les plus puissants et difficiles à combattre. Ces arbres roussis deviennent en outre un danger pour leurs voisins ayant survécu. Ainsi, un feu qui aurait eu un faible impact sur des arbres sains, peut faire d’importants dégâts en présence d’arbres tués par les scolytes. En France, scolytes et feux de forêt se conjuguent rarement car leurs zones d’influence ne sont pas les mêmes. Mais avec le changement climatique, les incendies pourraient remonter vers le Nord, alors que les scolytes pourraient profiter de l’affaiblissement des peuplements pour s’étendre. Mieux vaut être prévenus.