• Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte
  • Imprimer
Forêt de Bailly (Yvelines). © William Beaucardet

Imaginer les forêts de demain

UNE PANOPLIE DE SERVICES FORESTIERS - Bois, chasse, récréation : les autres services de la forêt

           

Mis à jour le 24/06/2016
Publié le 23/06/2016

Améliorer la qualité du bois

Bois de construction, bois de chauffage, bois pour la production de bioéthanol : chacun a sa spécificité. Par exemple, pour obtenir du bioéthanol, il faut que la cellulose qui constitue les parois des cellules du bois, soit facile à séparer de la lignine. Pour la construction, ce sont plutôt les critères de robustesse et de durabilité (liés aux concentrations en phénols du bois) qui sont privilégiés. Les chercheurs de l’Inra tentent d’obtenir les meilleures variétés pour chaque usage. Pour cela, ils recherchent dans la variabilité génétique des espèces les plus utilisées les traits qui définissent la plus haute qualité du bois. Puis, par sélection, ils obtiennent les meilleures variétés. Jusqu’ici, c’étaient plutôt des caractères comme la vitesse de croissance ou la robustesse face aux maladies qui étaient privilégiés par les sélectionneurs. Désormais, ces derniers pourront aussi s’intéresser à la qualité du bois.

Les défauts du bois au laser et aux rayons X

Mise en place d'un billion de chêne pour tomographie à rayons X. © Inra, Yves Bernardi
Mise en place d'un billion de chêne pour tomographie à rayons X © Inra, Yves Bernardi
Bosses, creux, fentes : sous la rugosité de l’écorce, le relief des troncs révèle la présence de défauts, comme par exemple des nœuds qui diminuent la qualité du bois. Les scientifiques élaborent des techniques afin de détecter ces éléments cachés. L’utilisation d’un scanner à rayons X et le traitement par des algorithmes dédiés permettent de quantifier ces défauts internes sur des portions de troncs coupés. Ils cherchent aussi à révéler la présence des défauts sur des troncs d’arbres coupés ou sur pied en utilisant la technologie Lidar. Celle-ci permet de cartographier en 3D et de façon très précise la surface de l’écorce. Ces nouvelles méthodes encore en phase de développement, pourraient conduire à une évaluation plus objective de la qualité d’un tronc. Elles pourraient aussi permettre aux scieries de débiter les produits en tenant compte de la localisation des défauts.

Observer le bois à la lumière infrarouge

Autre outil en développement pour évaluer la qualité du bois : la spectroscopie dans le proche et moyen infrarouge. Celui-ci permet d’analyser la composition chimique du bois. Les chercheurs élaborent actuellement des indicateurs pour connaître, à partir de cette composition, certaines propriétés du bois comme sa durabilité ou sa densité. L’idée, à terme, est de pouvoir analyser à haut débit les arbres sur pied ou des troncs déjà abattus afin de leur donner le destin le plus adéquat en fonction de leur qualité.

Natura 2000 : havres de paix pour les espèces en danger

Natura 2000 est un réseau européen de sites naturels pour préserver des habitats en danger et des espèces rares ou en voie d’extinction. Il recouvre 18 % du territoire européen. Pour faire partie du réseau, les particuliers, associations ou collectivités locales doivent passer un contrat avec l’État. Ces contrats Natura 2000 peuvent être assimilés à des paiements pour services environnementaux. L’État rembourse l’investissement et les frais des actions engagées visant à protéger la biodiversité. Ce système, qui combine conservation et activités humaines, a permis à de très beaux projets de voir le jour, notamment en forêt. Cependant, les contrats signés en France pourraient être plus nombreux, notamment dans le secteur forestier, si l’on compare avec ce qui se passe chez nos voisins européens, surtout au Danemark. Des chercheurs de l’Inra se sont penchés sur le problème et ont montré qu’une réflexion mériterait d’être engagée sur les paiements actuellement mis en oeuvre auprès des propriétaires forestiers, les encourageant davantage dans la participation à la conservation de la biodiversité. Les pertes en revenus liés au bois qu’imposent certaines actions de conservation ne sont pas suffisamment prises en compte. En ciblant mieux les propriétaires forestiers privés et les zones à fort potentiel en biodiversité, les contrats Natura 2000 pourraient améliorer le rapport coût-efficacité du système d’incitation actuel. Chasseurs et

La forêt des pique-niques et des poètes

Randonnées, balades en vélo, pique-niques, observation d’oiseaux... la forêt, c’est aussi un lieu pour se détendre, respirer et oublier le stress de la vie quotidienne. Ces bienfaits que Dame Nature prodigue généreusement ont une valeur économique qu’on ne peut négliger. Les chercheurs de l’Inra appréhendent et quantifient ces services récréatifs de la forêt. En 2010, ils ont réalisé une grande enquête en ligne pour connaître les habitudes des visiteurs des forêts, leurs goûts, leurs besoins et les distances qu’ils sont prêts à parcourir pour profiter d’une journée dans les bois. Ils ont montré que les visiteurs préfèrent les forêts mixtes, riches en espèces de feuillus et conifères. Les aires de parking ou de pique-nique sont aussi très importantes pour faire venir les familles. Un peu de relief, quelques points de vue et des rivières sont des éléments au fort pouvoir d’attraction. Grâce aux données recueillies, les chercheurs ont développé des cartes et des modèles qui permettent de faire des prévisions sur l’affluence de visiteurs dans chaque forêt, notamment en fonction de la population d’une région.

Chasseurs et forêt : c’est gagnant-gagnant

Il existe des zones forestières où les grands mammifères herbivores, trop nombreux, posent problème aux gestionnaires. Par exemple, lorsqu’ils sont en surpopulation, cerfs, chevreuils et sangliers mettent en péril la régénération naturelle de la forêt. L’une des réponses à ce trop-plein d’animaux peut être la chasse. Contrairement à une idée reçue, les chasseurs sont les premiers à vouloir la conservation du gibier, afin de pratiquer leur loisir et pouvoir remplir leur besace. Or, d’après les travaux d’une équipe de l’Inra, les régulations qui encadrent la chasse sont quelque peu surannées : elles datent essentiellement des années 1960-70, lorsqu’effectivement, les populations animales étaient à des niveaux assez bas. Les chercheurs pensent qu’une régulation adaptée à la réalité des forêts d’aujourd’hui pourrait permettre à la chasse de devenir une alliée de la bonne gestion des forêts et de leur biodiversité.